LE MEDIA FEMINISTE PIONNIER QUI DOCUMENTE CE QUE L’AGE FAIT AUX FEMMES
Crédit photo : AndrewHenkelman / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Serena Williams revient sur un court. À 44 ans, l’ancienne numéro un mondiale reprend la compétition au Queen’s, en double avec la Canadienne Victoria Mboko, près de quatre ans après son dernier match officiel. Que demande un retour au très haut niveau après 40 ans, deux grossesses et une longue interruption ? On a posé la question à la coach sportive Lucile Woodward.

Après une longue pause, la priorité concerne la masse musculaire. Elle conditionne la puissance, la stabilité des appuis et la qualité des démarrages, trois dimensions essentielles dans le jeu de Serena Williams insiste la coach Lucile Woodward « Les femmes, à partir de 35 ans, perdent du muscle. Après 40 ans, on le perd de plus en plus vite ». Même une championne de ce niveau compose avec cette réalité physiologique. Et pour remettre de l’intensité dans son jeu, encore faut-il que le corps suive. À l’approche de la périménopause, la baisse des œstrogènes fragilise tendons et ligaments. Pour une joueuse qui a bâti son tennis sur la puissance de frappe, l’entraînement devient un enjeu de durée autant que de performance. « La puissance, c’est la force combinée à la vitesse », définit la coach. À 44 ans, l’enjeu est de préserver cette alliance avec un corps transformé par l’âge, les maternités et les années sans compétition.

À ce niveau, ce qui se joue entre les matchs compte autant que l’entraînement. Récupérer, dormir, bien s’alimenter… Avec l’âge, ces paramètres prennent plus de place. Lucile Woodward rappelle aussi que l’alimentation des sportifs de haut niveau ne correspond pas toujours à l’image très contrôlée que l’on s’en fait. « Ils ne mangent pas forcément ultra équilibré. » glisse-t-elle.

Après 40 ans, la reprise du sport se prépare

Dans le cas de la championne américaine, cette reconstruction physique s’inscrit aussi dans une carrière traversée par deux maternités. Longtemps, les athlètes ont repoussé la grossesse à la fin de leur parcours, comme si revenir au plus haut niveau relevait de l’exception. Le frein tient aussi à l’économie du sport. « Très souvent, elles ne faisaient pas d’enfants parce qu’elles pensaient que si elles arrêtaient pendant deux ans, elles allaient perdre tout leur sponsoring », analyse Lucile Woodward. Le cas de Justine Dupont, surfeuse professionnelle, soutenue par Red Bull après la naissance de son enfant, montre que les lignes bougent. « Garder des athlètes dans leur escarcelle alors qu’elles sont enceintes et sur leur retour, c’est un gros travail sur l’image. Mais cela raconte de très belles histoires. »

La grossesse modifie aussi les repères du corps. Elle entraîne une perte de masse musculaire, assouplit les ligaments et peut changer les appuis. « Parfois, lors d’ une grossesse, tes pieds ont un peu grandi. Tu peux prendre une demi-pointure parce que tes pieds s’affaissent », explique la coach. Il faut alors retrouver son équilibre, ses marques, son agilité. Ce rapport au corps concerne aussi les femmes qui reprennent une activité après 40 ans. La tentation est souvent de repartir directement vers la course, le tennis, la natation ou le cardio, avec l’idée de retrouver son niveau ou de perdre du poids. « Elles vont avoir envie de maigrir et essayer de retrouver leur niveau sans faire de musculation. ». Pourtant cela reste le socle de toute reprise sportive. « Courir demande des cuisses. Nager demande des épaules. Jouer au tennis demande du dos, des abdos … » énumère Lucile Woodward.

La musculation reste pourtant un frein pour beaucoup de femmes, car elle rend le corps plus visible. L’idéal de minceur a longtemps poussé à prendre le moins de place possible. Lucile Woodward renverse cette lecture : « Il faut arrêter que les femmes veuillent tout le temps se rendre invisibles, transparentes, brindilles. C’est tout le champ lexical de la disparition. » Serena Williams donne à voir l’inverse. Son corps reste puissant, entraîné, encore engagé dans le jeu. Lucile Woodward y lit aussi le plaisir de continuer. « Elle aime ce sport. On le sent. Que ce soit après les grossesses, à 44 ans, ça lui plaît. » Dans le sport de haut niveau, la retraite signe souvent la sortie du terrain. Ici, l’image change. « Elle est là, elle est visible. Et j’espère que même à 70 ans elle sera encore sur des tournois master. »

Sophie Dancourt

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