LE MEDIA FEMINISTE PIONNIER QUI DOCUMENTE CE QUE L’AGE FAIT AUX FEMMES
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À côté de la Coupe du monde de football masculin occupant le terrain médiatique, de plus en plus de femmes pratiquent le football passé 50 ans. Elles se tournent en particulier vers le foot en marchant, une discipline plus douce, où elles sont largement les bienvenues.

« Je n’avais pas pu faire de football quand j’étais jeune, parce qu’il n’y avait pas d’équipe féminine dans le club de mon village ». Isabelle Boudais, 54 ans, a grandi à Plumeleuc, une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Rennes. Son père était arbitre de foot et elle, mordue de la discipline. Tous les dimanches, au stade, elle suivait les matchs et jouait à côté du terrain avec les garçons de son âge. Mais officiellement, c’est au basket qu’elle était inscrite. Un autre sport collectif, tel qu’elle affectionne toute pratique physique.

Adulte, elle s’investit dans le club de football de ses enfants, le Football Club Hermitage Chapelle Cintré (Ille-et-Vilaine), et se retrouve à prendre la responsabilité du développement d’une équipe de foot en marchant. La discipline vient du Royaume-Uni et a débarqué en France au cours des années 2010. Aujourd’hui, plus de 145 équipes dédiées sont réparties un peu partout dans le pays (voir la liste de Walking Football France).

Une version alternative du football

Finalement, Isabelle Baudais se laisse tenter elle-même. « J’ai toujours fait du sport, mais je me suis arrêtée deux fois car je m’étais cassé les ligaments croisés au basket. J’avais repris le badminton entre mes opérations, mais le foot en marchant m’a ensuite tentée, car c’est un “sport santé” », décrit-elle entre le retour de son travail et une réunion au club. Le « sport santé » désigne toute activité physique visant à améliorer la qualité de vie et à lutter contre la sédentarité, avec ou sans pathologie, d’après la Stratégie nationale sport-santé.

Le foot en marchant, lui, est une « version lente du football avec des règles aménagées permettant une pratique loisir totalement sécurisée et accessible à tous et toutes (intergénérationnelle, mixité hommes-femmes et/ou sociale, inclusion) », décrit la Fédération française de football. Il se pratique à effectif réduit, à 5 contre 5 ou à 6 contre 6. Plusieurs règles diffèrent : interdiction de courir, pas de hors-jeu, tacles et contacts interdits…

Toucher un ballon pour la première fois

Ces aménagements ont permis à Cynthia Valette, 42 ans, de toucher pour la première fois de sa vie à un ballon. Arrivée en Bretagne depuis sa Polynésie natale en 2019, elle cherchait à s’intégrer davantage dans la région et à faire des rencontres. C’est la mère d’une copine de sa fille qui lui a parlé de l’équipe dans laquelle elle pratiquait. Elle est allée par curiosité à l’un de leurs entraînements… et cela fait désormais trois ans qu’elle pratique. « La bonne ambiance entre les joueurs et les joueuses m’a plu. Et les règles obligent à mener un jeu collectif. Cela permet à des personnes comme moi de pouvoir débuter et jouer, alors qu’au foot normal un joueur peut faire la partie quasiment à lui tout seul », dit-elle.

Auparavant, Cynthia Valette n’avait jamais fait de sport en club. Juste un peu de pirogue, de natation ou de volley avec des copains ou des copines. Puis son arrivée en Bretagne, la recherche d’un boulot, son travail trouvé en tant qu’aide à domicile avec des horaires en décalé… ne l’ont pas aidée à s’inscrire à un sport. Aujourd’hui, c’est elle qui gère l’équipe de foot en marchant au club Raz Chas à Le Trévoux (Finistère). La doyenne a 73 ans et est arrivée l’an dernier, sans jamais avoir touché un ballon auparavant non plus.

Du temps pour la pratique collective

Leurs parcours ressemblent à ce que Melissa-Asli Petit a pu observer sur différents terrains. Sociologue du sport, spécialiste du vieillissement, elle étudie particulièrement la pratique du football par des femmes de plus de 50 ans. Elle s’est rendu compte que « l’arrivée des femmes dans le monde du travail ou l’arrivée des enfants les conduit souvent à moins pratiquer de sport collectif et davantage de sport individuel comme la course à pied, la piscine… Une activité sur laquelle elles ont un pouvoir d’organisation temporelle », élabore-t-elle.

Puis, passé 50 ans « les femmes acquièrent une plus grande liberté dans leur gestion du temps, leurs enfants deviennent grands, elles deviennent davantage maîtresses de leur désir et se décalent du regard des autres », poursuit la spécialiste. La médiatisation d’initiatives portées par des femmes plus âgées participe à l’effet boule de neige pour le football. Comme le Tournoi de foot international des mamies (Grannies International Football Tournament, en anglais) porté par « Mama Beka », de son vrai nom Rebecca Beka Ntsanwisi. Ou l’association Footeuses à tout âge, en France.

Emancipation par le ballon

Et qu’importent les regards posés sur soi. « Quand on entend foot en marchant, on a l’impression que c’est une balade, mais c’est vachement cardio, il faut tenir la cadence », raconte Cynthia Valette. « Tout de suite les gens rigolent, mais on fait régulièrement des portes ouvertes ou des démonstrations dans des lycées. Et tout le monde remarque bien que c’est assez physique et technique. Puisqu’il n’y a pas le droit de courir, il faut que la passe soit réalisée au bon endroit pour être réceptionnée », complète Isabelle Baudais. 

Les deux femmes prennent énormément de plaisir à pratiquer le football ainsi et montent en compétences physiques. Isabelle Baudais fait même partie de l’équipe de France féminine des 50 ans et plus de football en marchant, où elle est la seule joueuse (excepté la buteuse) à ne jamais avoir fait de football auparavant. L’an dernier, elle était en Espagne pour la Coupe du monde, d’où son équipe est revenue victorieuse. « C’est beaucoup d’émotion quand même de représenter son pays, d’entonner l’hymne national, même si c’est pour le foot en marchant », rapporte-t-elle.

Mixité choisie ou subie ?

En Ille-et-Vilaine, son club s’est même davantage ouvert aux femmes sur le terrain. Une section féminine de foot à 7 a été créée l’an dernier. « Je vais les aider de temps en temps. Donc je me suis mise au foot traditionnel, mais uniquement lorsqu’elles ont besoin, car elles ont quand même 30 ans de moins que moi », souffle-t-elle. Sinon, la pratique du foot pour les filles et les femmes reste mixte dans son club.

C’est d’ailleurs l’un des traits particuliers du foot en marchant, avec de nombreuses équipes où les femmes et les hommes se mélangent. Le club Raz Chas à Le Trévoux, où Cynthia Valette s’entraîne, se targue d’être le premier à avoir accueilli une équipe de foot féminine de foot en marchant. Mais depuis quelques années, elle aussi est devenue mixte, avec 34 adhérents, dont 10 femmes. Les femmes continuent cependant de disputer des matchs avec d’autres équipes féminines.

La mixité n’est pas un sujet pour Cynthia ou Isabelle. Même plutôt une source de plaisir. Seule Melissa-Asli Petit s’interroge : « S’il y avait plus de sections Vétéranes +, est-ce qu’il n’y aurait pas plus de possibilités pour les femmes de constituer des équipes ? Est-ce que la mixité est autorisée pour le foot en marchant par la fédération juste parce qu’elle le considère comme une deuxième division du football ? » Un soupçon de questionnement politique pour pousser les raisonnements d’un sport qui revendique surtout sa bonne ambiance. Ainsi que la qualité de ses troisièmes mi-temps.

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Mathilde Doiezie

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