Marine Barnérias place les désirs et les projets des aînés au cœur de son nouveau programme J’irai au bout de tes rêves, diffusé dimanche 17 mai sur France Télévisions. En réunissant un jeune et une personne âgée aimée autour d’une aventure surprise, l’émission donne à voir la vieillesse comme un territoire de lien, de gratitude et d’avenir.
Dans le premier épisode, Maëlle, 23 ans, entraîne son grand-père Jean-Paul, 80 ans, dans une aventure dont il ignore tout, pour lui dire merci à travers une expérience construite avec la complicité de Marine Barnérias. C’est le principe de J’irai au bout de tes rêves. Un jeune choisit un senior aimé et l’accompagne dans la réalisation d’un rêve en guise de déclaration d’amour. Le programme repose sur cette synergie entre générations. L’échange dépasse le cadeau offert par une petite-fille à son grand-père. La documentariste tient à cette réciprocité. « Les jeunes ont autant besoin de côtoyer les seniors, que les seniors la nouvelle génération », ponctue-t-elle. En préparant l’émission avec l’accompagnement de Frédéric Lopez rencontré après son départ de Littoral sur France 3, elle dit avoir retrouvé ce besoin de lien des deux côtés des âges, chez les jeunes comme auprès des personnes âgées rencontrées en Ehpad un peu partout en France. Une manière aussi de déjouer les stéréotypes sur des générations supposées irréconciliables.
Ce premier duo en donne la tonalité. Jean-Paul résume l’initiative en une phrase qui tient lieu de manifeste. «Cette aventure m’a appris à toujours dire que c’est possible. Même si on a eu une vie compliquée, on peut y arriver. » Maëlle en sort avec une conscience nouvelle de ce que vaut son récit familial. « Cette expérience m’a appris à être plus positive. Je sais aujourd’hui que nous aussi, on vaut le coup. Nous, notre histoire, notre famille, on peut intéresser. » L’émission rend visibles des liens ordinaires qui structurent des vies entières, mais restent rarement filmés. Cette attention aux aînés plonge ses racines dans la fibre affective de Marine Barnérias pour sa grand-mère, qu’elle qualifie de sa « boussole au quotidien ». Le point de départ du programme est ce lien intime et l’envie de donner une place à celles et ceux que l’on figent dans le passé. «On demande toujours aux personnes âgées ce qu’elles ont vécu, mais jamais ce qu’elles allaient vivre », observe-t-elle. C’est précisément ce que ce format de 52 minutes cherche à renverser.
Le rêve devient alors un outil narratif et engagé. Il remet les personnes âgées dans le mouvement, les sortant du seul registre du souvenir et les replace dans celui du désir, de la projection et du choix. « Pour vieillir heureux, il faut avoir des projets, qu’on ait 80 ans, 10 ans, 18 ans ou 31 ans », glisse Marine Barnérias. Cette façon de filmer l’âge prolonge le parcours de la réalisatrice de Rosy, documentaire dans lequel la jeune femme racontait la découverte de sa sclérose en plaques et l’apprentissage d’une cohabitation avec la maladie. Elle retrouve ici le même fil, celui d’une existence traversée par la fragilité, mais jamais réduite à elle-seule. « On ne choisit pas ce qui nous arrive. Par contre, on a les rênes. On choisit comment on vit et comment on décide de transformer tout ça. ».
Son regard tranche avec une époque qui cherche souvent à gommer les marques du temps. La réalisatrice parle des rides, des cheveux blancs, des corps qui changent, loin des récits de nostalgie ou de déclin. « Il faut arrêter d’avoir peur du vieillissement. C’est tellement beau, une ride. C’est tellement élégant, des cheveux blancs. On a tellement de chance d’avoir le luxe de vieillir. » Ce regard sur l’âge a trouvé un écho immédiat. L’appel à candidatures lancé sur Instagram a dépassé le million de vues. Des centaines de jeunes ont écrit pour raconter le senior qu’ils aiment et qu’ils voudraient remercier. Enfant, Marine Barnérias rêvait d’ouvrir une maison de retraite pour passer sa vie à écouter des histoires. Avec J’irai au bout de tes rêves, elle leur donne aujourd’hui une place à l’écran.


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