LE MEDIA FEMINISTE PIONNIER QUI DOCUMENTE CE QUE L’AGE FAIT AUX FEMMES
Crédit photo : capture documentaire : Simone de Beauvoir : l'aventure d'être soi

Quarante ans après sa mort, Simone de Beauvoir demeure une figure de référence du féminisme. Pour mesurer l’influence qu’elle a exercée sur la société de son temps, un documentaire diffusé sur la plateforme de Public Sénat revient sur la modernité d’une pensée, sans en gommer les paradoxes.

De son enfance dans une famille bourgeoise à ses combats politiques internationaux aux côtés de Jean-Paul Sartre, le documentaire de Fabrice Gardel et Mathieu Weschler, « Simone de Beauvoir : l’aventure d’être soi » retrace l’itinéraire d’une femme dont la pensée s’est forgée dans la France corsetée de l’époque. Derrière l’image d’une intellectuelle façonnée par de brillantes études et une réflexion féconde, Simone de Beauvoir apparaît aussi comme une confidente pour nombre de femmes qui lui écrivent en masse. « Des femmes qui veulent avorter alors que la loi l’interdit, des homosexuels qui se cachent, des femmes au foyer coincées dans leur mariage… » Ce flot de lettres éclaire la manière dont sa pensée s’ancre dans les existences ordinaires.

Le documentaire restitue aussi la charge critique d’une pensée qui n’a rien perdu de sa force. En établissant un parallèle entre « ségrégation raciale et ségrégation sexiste », Simone de Beauvoir met au jour la logique profonde des rapports de domination. La naissance de son livre fondateur « Le deuxième sexe » déconstruit le mythe de « l’idéal féminin » qui façonne l’ invisibilisation des femmes dans un rôle périphérique à celui de l’homme, au centre. La maternité devient « un piège » lorsqu’elle empêche l’autonomie financière. Quant au fait de « tenir une maison », elle souligne qu’il n’y a aucun accomplissement naturel dans cette tache qui serait par essence dévolus aux femmes. La philosophe souligne une « aliénation sans fin », nourrie par « un travail non salarié qu’on lui extorque ». Des revendications que les décennies suivantes n’ont pas su résoudre.

Souvent lue à travers son compagnonnage avec Jean-Paul Sartre, la légitimité de Simone de Beauvoir prend ici un autre relief. Les réalisateurs donnent à voir une relation fondée sur une forme d’égalité rare, dans laquelle leurs œuvres respectives se construisent sans se faire d’ombre. Le film n’élude pas non plus le discrédit qui a pesé sur elle, certains allant jusqu’à suggérer que Sartre écrivait à sa place. C’est aussi dans le champ politique que se lit cette proximité. Le documentaire montre alors un engagement sans faille en faveur de la décolonisation, mais aussi un aveuglement tenace face à la révolution prolétarienne communiste.

Le documentaire s’achève aussi sur une part plus intime de Simone de Beauvoir. Très tôt, à 30 ans puis à 40 ans, elle se dit vieille et évoque la « vérole du temps » qui dévore son visage. Cette angoisse prend un relief particulier lorsqu’on la replace dans l’expérience de la maladie et de la mort de sa mère, racontée dans Une mort très douce. Le film prend alors le temps de faire entendre cette inquiétude, comme si la vieillesse constituait chez Beauvoir à la fois un objet de pensée et une épreuve profondément vécue. Cette lecture est aussi nourrie par les regards croisés d’Élisabeth Badinter, Leïla Slimani et Titiou Lecoq, dont les commentaires viennent éclairer, chacune à leur manière, la singularité, la modernité et les paradoxe de son parcours.

Simone de Beauvoir : l’aventure d’être soi – Disponible jusqu’au 07/01/2027

Sophie Dancourt

Voir tous les articles

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *