À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, J’ai piscine avec Simone a donné la parole à plusieurs femmes pour questionner leur place dans les mobilisations féministes. Elles nous ont raconté leurs différents héritages, leur prise de conscience tardive ou leur ancrage dans un engagement plus quotidien.
Dans les cortèges du 8 mars, les pancartes colorées et les slogans scandés donnent souvent l’image d’un féminisme porté par les jeunes générations. Pourtant, de nombreuses femmes de plus de 50 ans participent aussi aux combats féministes. Parfois dans la rue, parfois autrement.
Certaines ont grandi dans un univers déjà traversé par les luttes féministes. C’est le cas de Sophie Khalifa, 54 ans. « Mon arrière-grand-mère était suffragette. Je suis tombée dedans petite. » Ensuite, sa grand-tante a élevé sa mère, puis elle et sa sœur, alors que ses parents avaient divorcé en 1977, « l’année où l’ONU a reconnu la Journée internationale des droits des femmes », souligne-t-elle. Une histoire personnelle qui a tracé sa trajectoire féministe. Depuis 15 ans, succédant à un engagement de sa mère, elle s’est investie au sein du réseau Soroptimist, avec lequel elle participe régulièrement à des actions en faveur des femmes. « J’ai aussi fait des marches pour l’égalité salariale, pour l’endométriose ou pour inscrire l’IVG dans la Constitution », décrit-elle. Mais le 8 mars reste un moment essentiel de visibilité des engagements féministes pour elle.
Beaucoup de femmes racontent une prise de conscience plus tardive, en prise avec des inégalités salariales. « Je suis née dans les années 1970 et je crois qu’à cette époque, tellement de choses était en train de changer que nous avions l’impression que l’égalité des droits était acquise, relate Céline Wienhold, 55 ans. J’ai fait de super études. Je n’ai pas eu l’impression d’être freinée dans ma carrière. Le féminisme n’était pas un sujet pour moi ». Puis, en avançant dans sa carrière, elle a pris conscience du décalage qui s’est créé avec son ex-conjoint, qui ne s’est pas arrêté pour prendre du temps avec les enfants. « Pour ma génération, l’émancipation est beaucoup passée par les études, par une forme de girl power, continue de son côté Fanny Guyomard, 56 ans. J’ai eu une carrière extrêmement riche, mais il a fallu se battre contre les remarques déplacées ou des situations qui relèveraient aujourd’hui du harcèlement sexuel selon la définition actuelle. »
Le féminisme au prisme du dialogue entre générations
D’autres ont été encouragées dans cette voie par leurs filles, qui ont entrevu une brèche dans les questionnements de leur mère. Sandrine Missakian, 53 ans, explique que son féminisme s’est affirmé après une longue carrière au sein d’une entreprise dont l’univers était très masculin. « Je me suis questionnée sur mon rôle de manageuse. Je me suis rendu compte que j’avais été plus dure avec les femmes qu’avec les hommes, que j’avais tendance à materner. Mes filles – qui ont 23 et 26 aujourd’hui – m’ont encouragée dans mes questionnements en m’offrant “Nous sommes toutes des féministes” de Chimananda Ngozie Adichie. Depuis, j’ai véritablement fait mon coming out féministe et cela transpire dans toutes mes activités. » Sandrine met cela en application dans plusieurs réseaux d’entrepreneures et dans le monde du sport, en tant que coach de basket, où elle constate que le chemin est encore « très long » pour les jeunes auprès desquels elle est impliquée.
Gaëlle Pineda, 53 ans, évoque aussi les discussions avec sa fille de 20 ans, venues percuter son travail de sémiologue sur l’invisibilisation des femmes de plus 50 ans dans l’univers des médias et de la culture. Il y a deux ans, elle s’est rendue à sa première manifestation féministe du 8 mars à Paris, avec sa fille et sa mère. « Nous étions trois générations différentes, avec la même intention pour défendre quelque chose », se souvient-elle. Elle n’avait jamais participé à une manifestation auparavant, mais s’y est sentie très à l’aise, grâce à la « diversité de profils et d’âge ». « J’ai découvert qu’on pouvait avoir un féminisme qui ne s’exprime pas que par le prisme intellectuel. Qu’il pouvait aussi être jubilatoire en s’exprimant dans la rue, rien que par le fait d’être toutes ensemble. »
Des façons différentes de militer selon les générations
Pour autant, son « militantisme à elle » passe davantage par son travail, plus que par les manifestations. Pareil pour Céline Wienhold, 55 ans, qui accompagne des femmes dans la création d’entreprises. « Je suis très sensible à la journée du 8 mars, mais je suis plutôt une féministe du quotidien. Si on doit faire bouger les choses, c’est à travers les décisions qu’on prend et les actions qu’on mène au jour le jour », affirme-t-elle. D’autant qu’elle n’est tout simplement pas très à l’aise dans la foule. Toutes observent en tout cas un changement de rapport au féminisme entre les générations. « Ma fille ne laisse plus du tout passer certaines choses. Elles imposent les choses, c’est plus radical », dépeint Gaëlle Pineda.« Un jour, ma fille de 22 ans m’a dit : “Tu as accepté des choses dans ta vie que je n’accepterai jamais”, décrit de son côté Fanny Guyomard. C’est très bien, poursuis le travail, je lui ai répondu. »
Isabelle Thiery-Fuchs, 62 ans, constate aussi des différences générationnelles dans son engagement régulier au sein de l’association Osez le féminisme 67. Elle fait partie des plus âgée de son organisation. « J’ai 20 ou 25 ans de plus que la personne la plus âgée après moi », dit-elle. Ce qui bouscule les priorités militantes. « À mon époque, nous parlions beaucoup d’égalité salariale. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on parle surtout des violences sexuelles. » Si elle reconnaît l’importance de ces combats, elle regrette que cela prenne trop de place, au détriment d’autres enjeux devenus moins visibles. « Il serait aussi important de parler des femmes modèles, du sexisme ordinaire ou de la place des femmes dans les sciences », donne-t-elle pour exemple.
Certaines, comme Sophie Khalifa, sont aussi décontenancées par certaines attitudes, comme la nudité dans les manifestations ou la cohabitation avec d’autres combats autour du genre ou l’adoption pour les personnes homosexuelles. « C’est tout aussi important, mais différent. Et chacune a le droit de s’exprimer comme elle le souhaite, mais je pense qu’il faut qu’on reste digne si l’on veut que notre corps soit respecté » Quoi qu’il en soit, elle sera bien dans les rues dimanche à Paris pour la manifestation féministe. « C’est important de continuer à manifester pour que nos droits deviennent de vrais acquis et qu’on ne puisse pas revenir en arrière. »
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