Elle pourrait devenir la première femme présidente de Colombie. Mais Paloma Valencia, candidate conservatrice à l’élection présidentielle colombienne, défend une ligne très dure sur la famille, la sécurité et l’avortement. Une candidature historique qui inquiète les féministes et interroge ce que signifie vraiment l’arrivée d’une femme au pouvoir.
Avocate et philosophe de 48 ans, Paloma Valencia porte les couleurs du Centro Democrático dans la course à la présidentielle colombienne. Dans un pays encore jamais dirigé par une femme, son ascension pourrait marquer une rupture historique. Mais la sénatrice défend une ligne très conservatrice, opposée au droit à l’avortement et attachée à la famille traditionnelle. Elle est surtout l’une des figures de l’uribisme, cette droite façonnée par l’ancien président Álvaro Uribe autour d’un discours d’ordre, de sécurité, d’hostilité aux guérillas et de défense de la propriété privée. Désignée par son parti en décembre 2025, puis victorieuse de la consultation de la droite et du centre droit en mars 2026, elle s’est imposée comme l’un des principaux visages de l’opposition à Gustavo Petro, le président sortant.
Le paradoxe traverse aussi son histoire familiale. Née à Popayán, Paloma Valencia appartient à une lignée conservatrice très ancrée dans la vie politique colombienne. Elle est la petite-fille de l’ancien président Guillermo León Valencia et la petite-nièce de Josefina Valencia de Hubach, l’une des grandes voix du suffrage féminin dans les années 1950. Devenue ensuite la première femme gouverneure d’un département colombien, puis la première ministre du pays, cette dernière occupe une place importante dans l’histoire des droits politiques des Colombiennes. Paloma Valencia revendique volontiers cet héritage, tout en lui donnant une portée très différente.
Être une femme ne suffit pas à faire une politique féministe
Pour une partie du mouvement féministe colombien, le fait d’être une femme ne suffit pas à porter une politique d’émancipation. Paloma Valencia évoque le leadership féminin, les plafonds de verre et le legs de Josefina Valencia. Mais elle refuse de se définir comme féministe. Dans plusieurs prises de parole, elle associe ce courant à la gauche et défend une vision des droits des femmes centrée sur la maternité, la famille et l’entrepreneuriat. Cette contradiction qui lui vaut les critiques les plus vives. Dans Cambio, l’avocate et chroniqueuse Ana Bejarano l’a qualifiée de « fille disciplinée du patriarcat », lui reprochant d’emprunter les codes d’un pouvoir masculin tout en capitalisant sur le symbole d’une candidature féminine. La formule a frappé juste parce qu’elle pose une question centrale. L’arrivée d’une femme au pouvoir fait-elle avancer les droits des femmes lorsque son programme reconduit les valeurs d’un ordre conservateur ?
Face à ces attaques, Paloma Valencia met en avant son bilan parlementaire. Sénatrice depuis 2014, elle rappelle avoir porté des textes en faveur des familles monoparentales, ainsi qu’une mesure permettant aux élues en congé maternité de continuer à exercer leur mandat. Son programme prolonge cette ligne avec des propositions destinées aux foyers tenus par des femmes, dont le dispositif « Mamá no está sola » (« Maman n’est pas seule »). Mais cette approche nourrit justement la critique des organisations féministes engagées sur les droits reproductifs. À leurs yeux, Valencia parle surtout des femmes comme mères, aidantes ou entrepreneuses, beaucoup moins comme sujets politiques pleinement autonomes.
Mais la fracture se cristallise autour de l’avortement. Depuis 2022, la Colombie autorise l’IVG jusqu’à 24 semaines. Paloma Valencia veut limiter l’avortement aux trois cas reconnus avant cette décision, lorsque la grossesse résulte d’un viol, met en danger la vie ou la santé de la femme, ou lorsque le fœtus présente une malformation grave. Dans une région où les droits reproductifs sont devenus un marqueur central des luttes féministes, cette position la place en opposition frontale avec une partie du mouvement.


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