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Crédit photo : Sandro Halank, Wikimedia Commons

À 45 ans, Elif Eralp vient de mener la gauche radicale allemande en tête des élections régionales à Berlin. Longtemps peu connue du grand public, cette juriste peut désormais prétendre diriger la capitale allemande.

Dimanche 20 septembre 2026, Die Linke, le parti de la gauche radicale allemande, arrive pour la première fois en tête à Berlin avec 25,7 % des voix. Derrière lui, la CDU, le parti conservateur de centre droit du chancelier Friedrich Merz, obtient 18,8 %. L’AfD, classée à l’extrême droite, recueille 16,3 %, devant les Verts, écologistes de centre gauche, à 14,3 %, et le SPD, parti social-démocrate de centre gauche, à 12,1 %. Ces résultats sont encore provisoires. À la tête de Die Linke pour cette campagne, Elif Eralp, 45 ans, jusque-là peu connue au-delà de Berlin. Sa victoire la place désormais parmi les principales figures d’une gauche radicale allemande qui a profondément renouvelé ses dirigeants ces dernières années.

Elif Eralp est née en 1981 à Munich. Ses parents, militants socialistes originaires de Turquie, avaient quitté le pays après le coup d’État militaire de 1980. Elle étudie ensuite le droit à l’université de Hambourg, avec une spécialisation en criminologie. À partir de 2010, elle travaille comme conseillère en politique juridique pour le groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag. Elle siège à la direction berlinoise du parti entre 2018 et 2023, avant d’être élue au parlement régional de Berlin en novembre 2021. En 2024, elle devient vice-présidente du groupe Die Linke au parlement berlinois, puis vice-présidente du parti à Berlin en 2025. Son parcours tranche avec celui de responsables politiques installés très jeunes dans les appareils de parti. Pendant plusieurs années, elle reste une élue relativement peu connue du grand public, davantage identifiée aux dossiers juridiques et au logement qu’aux premiers rôles politiques.

Une ascension accélérée

Son changement de dimension est récent. En 2025, Die Linke la choisit pour mener sa campagne à Berlin. Sa candidature accompagne alors le renouveau d’un parti qui avait traversé plusieurs années de divisions et de recul électoral. Die Linke a notamment rajeuni ses cadres et ses adhérents. Selon Le Monde, ses effectifs sont passés d’environ 60 000 membres fin 2024 à 123 000 fin 2025, tandis que l’âge moyen des adhérents a fortement baissé. Elif Eralp s’inscrit dans cette nouvelle génération aux côtés d’Heidi Reichinnek, présidente du groupe parlementaire au Bundestag, et d’Ines Schwerdtner, coprésidente du parti.

Le parti a parallèlement recentré son discours sur des sujets très concrets : coût de la vie, pauvreté, inégalités et surtout logement. À Berlin, ce dernier thème devient central dans la campagne d’Elif Eralp.

En effet, Berlin connaît depuis plusieurs années une forte hausse des loyers et une pénurie de logements. Elif Eralp fait de cette question son principal terrain politique. Elle défend notamment le passage sous contrôle public d’environ 220 000 logements détenus par de grands groupes immobiliers privés. Cette proposition reprend une revendication déjà approuvée lors d’un référendum local en 2021, lorsque près de 58 % des votants avaient soutenu le principe d’une reprise publique des logements appartenant aux plus grands propriétaires privés. Le projet reste très controversé. Son coût potentiel se chiffre en milliards d’euros et ses modalités juridiques et financières font débat. Reuters rapporte également qu’un sondage récent ne donnait plus que 37 % de soutien à cette mesure.

Gagner l’élection ne suffit pas pour devenir maire de Berlin

Arriver en tête du scrutin ne suffit toutefois pas à faire d’Elif Eralp la maire de Berlin. Dans la capitale allemande, le ou la maire-gouverneure est élu par le parlement régional. Avec 25,7 % des voix, Die Linke est largement trop loin de la majorité pour gouverner seul.La coalition actuellement envisagée réunirait Die Linke, à la gauche radicale, les Verts, au centre gauche écologiste, et le SPD, social-démocrate. Les trois partis se situent à gauche ou au centre gauche, mais leurs programmes et leurs positions ne sont pas identiques.

Un premier point de friction est déjà apparu. Les Verts demandent notamment à Die Linke de clarifier certaines positions internes liées à Israël et à l’antisémitisme avant tout accord. Die Linke rejette les accusations d’antisémitisme systémique et affirme lutter contre l’antisémitisme, le racisme et les autres formes de discrimination.

Pour Elif Eralp, le prochain défi est donc double, obtenir une majorité capable de l’élire à la tête de Berlin et négocier avec ses partenaires sans abandonner les mesures qui ont porté sa campagne, notamment sur le logement. Si elle obtient cette majorité, elle deviendrait la première personnalité issue de Die Linke à diriger la capitale allemande. Le résultat du 20 septembre lui a ouvert la voie. Les négociations des prochaines semaines détermineront si elle peut aller jusqu’à la mairie.

Sophie Dancourt

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