LE MEDIA FEMINISTE PIONNIER QUI DOCUMENTE CE QUE L’AGE FAIT AUX FEMMES

La chanteuse des Rita Mitsouko est morte à 68 ans, emportée par un cancer foudroyant, a annoncé sa famille dans un communiqué transmis à l’AFP. Figure majeure de la musique française, Catherine Ringer a traversé plus de quarante ans de carrière sans se laisser enfermer dans son âge, son image ou les rôles assignés aux femmes.

Avec Fred Chichin, rencontré en 1979, elle forme l’un des duos les plus singuliers de la musique française. Leur premier album, Rita Mitsouko, paraît en 1984. Marcia Baïla, hommage à la danseuse argentine Marcia Moretto, morte d’un cancer du sein en 1983, les fait connaître du grand public. Suivent notamment Andy, C’est comme ça, Les Histoires d’A ou Le Petit Train. Leur musique mêle rock, pop, funk, rythmes latino-américains et influences électroniques dans un univers difficile à classer.

Catherine Ringer impose aussi une présence qui tranche avec les représentations habituelles des chanteuses de l’époque. Sa voix, sa gestuelle, ses costumes et son goût de la transformation font partie intégrante des Rita Mitsouko. Elle ne cherche ni la discrétion ni la conformité et construit, avec Fred Chichin, une œuvre où l’excentricité n’empêche jamais la gravité.

Continuer après les Rita Mitsouko

La mort de Fred Chichin, en novembre 2007, met fin au duo après vingt-huit années de vie et de création communes. Catherine Ringer continue pourtant à monter sur scène. Elle racontera plus tard au Parisien les derniers mots professionnels de son compagnon lorsqu’il tombe malade. « Continue sans moi. Je suis remplaçable en tant que guitariste. C’est toi qui fais le show. » Elle reprend la tournée puis poursuit sous son propre nom. Son premier album solo, Ring n’Roll, sort en 2011.

Cette deuxième partie de carrière ne se construit pas sur la nostalgie des Rita Mitsouko. Catherine Ringer multiplie les concerts, les collaborations et les projets. En 2012, elle reçoit la Victoire de la musique de l’artiste interprète féminine de l’année. Elle retourne régulièrement au répertoire du duo tout en travaillant sur de nouvelles créations, notamment avec Plaza Francia ou, plus récemment, autour de la poésie.

Elle parle aussi très tôt d’un sujet que beaucoup d’artistes préfèrent alors contourner, son propre vieillissement. En 2017, à 60 ans, elle ouvre son album Chroniques et Fantaisies avec Senior. « Senior ? J’adore », chante-t-elle. Interrogée par Europe 1, elle explique son intention sans détour. « C’est une lutte contre le jeunisme. » À rebours du culte de la jeunesse, elle défend l’idée que l’avancée en âge apporte connaissances et expérience. La même année, sur RTL, elle parle aussi de la ménopause, fait encore rare dans la parole publique d’une artiste. « Quand on a la ménopause vers la cinquantaine, on se sent passer un cap », raconte-elle, avant d’évoquer son rapport au temps qui passe.

Le désir ne disparait pas avec l’âge

Son travail des dernières années prolonge cette réflexion sur l’âge autrement. Catherine Ringer porte sur scène L’Érotisme de vivre, construit à partir des poèmes d’Alice Mendelson. La poétesse, morte à 100 ans, écrit sur le désir, le corps, les hommes, la vieillesse et le plaisir de vivre sans considérer que l’un doive disparaître avec l’autre. Catherine Ringer défend ces textes jusqu’en 2026. « Ces textes parlent surtout du plaisir de vivre, de faire l’amour », explique-t-elle. Quelques semaines plus tard, elle reprend à son compte l’une des formules d’Alice Mendelson : « Oui ! C’est un bon conseil, de ne pas bâcler les choses en général. »

Sa liberté s’exprime aussi publiquement lors de la cérémonie organisée place Vendôme après l’inscription dans la Constitution de la liberté garantie de recourir à l’IVG. Elle interprète une Marseillaise remaniée. « Citoyens, citoyennes » remplace la seule adresse aux citoyens et « une loi pure dans la Constitution » se substitue au vers sur le « sang impur ». À 68 ans, Catherine Ringer continue encore à présenter le travail d’Alice Mendelson et à parler du désir, du vieillissement et de la finitude sans les édulcorer. Interrogée sur ce qu’elle considère comme sa plus grande réussite, elle refuse même d’établir un palmarès personnel : « Je ne réfléchis pas en disant “C’est le plus grand truc que j’ai fait”, ce n’est pas du tout ma tournure d’esprit. »


Sophie Dancourt

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