Alors que l’extrême droite progresse et que les droits des femmes sont régulièrement remis en cause, l’actualité internationale récente vient contredire l’idée d’un recul démocratique inéluctable. De la Serbie au Brésil, en passant par la Hongrie, la Pologne et l’Afrique, tour d’horizon de six actualités qui donnent des raisons d’espérer.
- Serbie : la jeunesse met fin à quatorze ans de domination politique
C’est l’un des événements politiques les plus marquants de ce mois d’octobre. Le 25 octobre 2026, la liste soutenue par le mouvement étudiant serbe a remporté les élections législatives avec 52,65 % des suffrages, selon les résultats provisoires de la Commission électorale publiés le lendemain. La coalition d’Aleksandar Vučić a recueilli 39,22 % des voix. Un résultat qui met fin à quatorze années de domination de son camp politique.
Le combat étudiant a démarré en novembre 2024, après l’effondrement d’un auvent de la gare de Novi Sad, qui avait coûté la vie à seize personnes. Dénonçant la corruption et l’opacité des institutions, les étudiants avaient organisé des manifestations massives, bientôt rejoints par une partie de la population. Malgré les pressions du pouvoir, le mouvement n’a pas faibli. Près de deux ans plus tard, cette mobilisation citoyenne s’est transformée en alternative politique. Avec une participation électorale de 68,78 %, le scrutin témoigne de l’ampleur de l’aspiration au changement.
La nouvelle majorité devra désormais démontrer sa capacité à gouverner. Son programme ne permet pas encore de présumer d’avancées spécifiques pour les droits des femmes. Mais l’exemple serbe rappelle qu’un pouvoir installé depuis plus d’une décennie peut être contesté et finalement battu par une mobilisation populaire.
- Brésil : Lula empêche le retour du bolsonarisme au pouvoir
Le même dimanche, à plusieurs milliers de kilomètres de Belgrade, les électeurs brésiliens ont également démenti l’idée d’une progression inexorable de la droite radicale. Le 25 octobre, Luiz Inácio Lula da Silva a remporté un quatrième mandat présidentiel avec 51,79 % des suffrages, contre 48,21 % pour Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro. Le résultat a été confirmé par le Tribunal supérieur électoral, au terme d’une campagne particulièrement polarisée.
Pour les Brésiliennes, cette réélection garantit la continuité de plusieurs politiques engagées contre les violences sexistes. En avril 2026, Lula avait notamment promulgué trois lois renforçant la lutte contre les violences conjugales, parmi lesquelles l’obligation de surveillance électronique de certains agresseurs et la reconnaissance du meurtre commis pour faire souffrir une femme à travers la mort d’un proche comme une infraction spécifique. Son gouvernement a également pris de nouvelles mesures de protection en juillet.
Cette victoire ne fait toutefois pas disparaître les obstacles. Lula devra composer avec un Congrès dominé par les conservateurs, une dette publique élevée et des marges budgétaires réduites pour financer ses politiques sociales. Quant aux droits reproductifs, ils restent un terrain d’affrontement politique.
- Hongrie : la fin des seize années de pouvoir de Viktor Orbán
Longtemps présenté comme le modèle européen de la démocratie illibérale, Viktor Orbán a perdu les élections législatives hongroises du 12 avril 2026 face au parti Tisza de Péter Magyar. Après seize années au pouvoir, le dirigeant nationaliste a été sanctionné par des électeurs préoccupés par la stagnation économique, la corruption et l’isolement croissant de leur pays. Le parti Tisza a obtenu une majorité des deux tiers au Parlement, lui donnant les moyens d’engager d’importantes réformes institutionnelles.
Sous Viktor Orbán, la Hongrie était devenue l’un des principaux foyers européens de l’offensive contre les droits des personnes LGBT+. Son gouvernement défendait également une conception très traditionnelle du rôle des femmes, principalement associées à la maternité et à la famille. Toutefois, la défaite d’Orbán ne signifie pas pour autant l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement féministe. Péter Magyar appartient lui-même au centre droit et ne porte pas un programme de transformation des droits des femmes.
- Pologne : le droit à l’avortement regagne du terrain
En Pologne, les mobilisations féministes commencent à produire de nouveaux résultats parlementaires. Le 20 octobre 2026, les députés ont approuvé deux textes visant à assouplir l’une des législations les plus restrictives d’Europe en matière d’avortement. Le premier, adopté par 217 voix contre 213, prévoit de dépénaliser partiellement l’aide apportée aux femmes souhaitant interrompre une grossesse. Le second, approuvé par 233 députés contre 203, vise à rétablir la possibilité d’avorter en cas d’anomalie grave du fœtus, un motif supprimé en 2020 à la suite d’une décision du Tribunal constitutionnel.
Ces votes interviennent après des années de manifestations féministes. En 2020, la décision de restreindre davantage l’accès à l’avortement avait provoqué une vague de protestations d’une ampleur exceptionnelle dans le pays. Pour autant, rien n’est définitivement acquis. Les textes doivent encore franchir les étapes législatives nécessaires et pourraient se heurter au veto du président conservateur Karol Nawrocki. Les associations féministes rappellent également que ces réformes restent éloignées de leur revendication principale : l’accès à l’avortement jusqu’à douze semaines de grossesse, sans obligation de justification.
- Cap-Vert : les femmes aux portes de la parité parlementaire
Au Cap-Vert, les élections législatives du 17 mai 2026 ont marqué une avancée historique pour la représentation politique des femmes. Sur les 72 députés élus à l’Assemblée nationale, 34 sont des femmes, soit 47,2 % des sièges. Elles n’étaient que 27 lors du précédent scrutin, en 2021, représentant alors 37,5 % des parlementaires Autre première, le 18 juin, Janira Hopffer Almada est devenue la première femme à présider l’Assemblée nationale du pays.
Ces résultats ne sont pas le fruit du hasard. En 2019, le Cap-Vert avait adopté une loi sur la parité destinée à renforcer la présence des femmes dans les instances politiques. Sept ans plus tard, ses effets sont mesurables.
- Ghana : un nouvel engagement contre les violences faites aux femmes
Le 29 septembre 2026, le Ghana est devenu le deuxième pays de l’Union africaine, après la Gambie, à ratifier la Convention africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles. Ce texte entend renforcer les obligations des États en matière de prévention des violences, de protection des victimes et de lutte contre l’impunité. Il vise à fournir un cadre juridique commun pour combattre différentes formes de violences sexistes sur le continent.
Cette ratification constitue un engagement politique et juridique important dans une région où les violences sexistes, les mariages précoces et certaines pratiques préjudiciables continuent de menacer la sécurité et l’autonomie des femmes. Il reste désormais à traduire cet engagement dans les politiques nationales et à obtenir suffisamment de ratifications pour permettre à la convention d’entrer en vigueur. La ratification de cette convention fait ainsi partie des raisons d’espérer, même si son efficacité dépendra de sa mise en œuvre et de l’engagement des autres États africains.





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