Lauréate du César 2026 du meilleur court-métrage documentaire, la réalisatrice Margaux Fournier a posé sa caméra sur une plage populaire de Marseille. Là, une bande de femmes septuagénaires se retrouvent et parlent sans fard ni complexe de leur vie, de l’amour, du désir et des corps qui changent.
Joëlle, bob blanc vissé sur la tête, boucles d’oreilles et rouge à lèvres éclatant, rassemble autour d’elle une bande joyeuse et bruyante. Magali, Carmen, l’autre Joëlle et Régine composent ce carré de dames qui se retrouvent sur la plage pour se baigner, mais surtout pour parler. De leurs vies, de leurs amours, et de ces corps topless, tannés par le soleil, que des anonymes préféreraient voir dissimulés. Sur la digue qui longe la mer, un tag tranche dans le décor : « Soutifs obligatoire les vieilles ». En guise de réponse, elles lèvent leur majeur.
Le petit clan discute de tout. De ce foutu corps qui leur échappe parfois, mais aussi d’une farouche volonté de continuer la drague « comme avant ». « Internet, c’est pas pour les vieilles comme nous », revendique Joëlle dans un éclat de rire qui ponctue chacune de ses phrases. Un rire qui sert aussi de respiration lorsque surgit l’indicible. Les violences conjugales qu’elle évoque avec pudeur. « On dirait pas que j’ai vécu tout ça, hein ? » Sous les punchlines qui fusent, il y a du vécu et de la profondeur. Et surtout une irrésistible envie de poursuivre sa vie amoureuse. La sexualité est au cœur des conversations. Ces dames parlent de capotes, s’esclaffent lorsque Joëlle — toujours la même — est qualifiée de cougar pour avoir eu une aventure avec un quinquagénaire.
Le verbe ne faiblit jamais. Sans filtre, les septuagénaires interpellent et jaugent le physique d’un homme qui passe. Elles savent aussi fse faire entendre lorsque des jeunes attablés un peu plus loin écoutent de la musique trop fort. Un improbable dialogue s’engage alors entre les deux générations. Les jeunes accèdent à leur demande et lancent Johnny Hallyday. « Ça c’est de la musique » s’exclame Joëlle qui bientôt entraînent dans son sillage ceux qui, quelques minutes plus tôt, se moquaient encore.




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