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Erin Brockovich lance une carte citoyenne pour suivre l’expansion des data centers liés à l’intelligence artificielle aux Etats-Unis. Après l’affaire Hinkley qui l’a rendu célèbre, l’activiste environnementale américaine alerte sur la consommation d’eau, le bruit et l’opacité des projets.

Erin Brockovich écoute les signaux que personne ne veut entendre. Dans les années 1990, son travail auprès des habitants de Hinkley, en Californie, a contribué à l’accord de 333 millions de dollars conclu avec Pacific Gas and Electric Company dans une affaire de contamination de l’eau. Trente ans plus tard, le sujet n’est plus le chrome hexavalent mais les data centers nécessaires à l’essor de l’intelligence artificielle. Dans The Guardian, elle évoque un « Hinkley puissance dix ».

Le point de départ de ce nouveau combat vient de citoyens inquiets. Erin Brockovich reçoit d’abord une trentaine de mails venus d’une même ville au sujet de data centers. En avril 2026, elle lance alors Brockovich Data Center, une plateforme destinée à recueillir les alertes citoyennes et à documenter l’implantation de ces infrastructures aux États-Unis. La réponse dépasse vite le cas local. En un mois, près de 4 000 personnes répondent à son appel à témoignages. Fin juin, la carte associée au projet recense plus de 140 data centers liés à l’IA, entre sites en service, chantiers et projets annoncés. Plus de 7 000 signalements ont aussi été transmis via le formulaire en ligne.

L’eau au centre du conflit

Ces signalements font émerger un reproche récurrent. Les citoyens découvrent souvent les projets trop tard. Dans The Brockovich Report, Erin Brockovich résume cette défiance. « Si les data centers sont si formidables, pourquoi sont-ils construits en secret ? », écrit-elle. La critique vise la manière dont ces infrastructures s’implantent localement. Réunions publiques tardives, accords déjà engagés, documents techniques difficiles à lire, citoyens prévenus après coup. La bataille environnementale est aussi celui de l’accès à l’information. L’eau concentre néanmoins les critiques. Près de deux tiers des data centers liés à l’IA prévus aux États-Unis se situeraient dans des zones touchées par la sécheresse, selon une analyse du Guardian. Les plus grands sites peuvent nécessiter jusqu’à 19 millions de litres d’eau par jour. Un data center moderne lié à l’IA peut consommer autant que 100 000 foyers, certains grands projets jusqu’à vingt fois plus alerte le World Resources Institute.

La pression ne vient plus seulement des riverains, elle gagne aussi certains investisseurs. En avril 2026, Reuters rapporte que Trillium Asset Management et Green Century Capital Management demandent à Amazon, Microsoft et Alphabet, la maison mère de Google, plus de transparence sur l’eau et l’électricité consommées par leurs data centers américains. Selon le cabinet d’études Mordor Intelligence, cité par Reuters, les data centers nord-américains ont utilisé près de 1 000 milliards de litres d’eau en 2025. Soit l’équivalent de la demande annuelle de New York. Le site Brockovich Data Center recense la consommation d’énergie, les déchets électroniques, les risques d’implantation, la pression sur les infrastructures locales et le bruit continu des systèmes de refroidissement, générateurs et sous-stations.

Sophie Dancourt

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