Plus personne aujourd’hui ne donne ce prénom. Pourtant ultra populaire dans les années 60, le prénom Karen est devenu un nom qui désigne les ménagères de plus de 40 ans, blanches racistes de la middle class américaine.
Le prénom a pris toute sa connotation négative après la mort de George Floyd tué par un policier blanc. Le mouvement Black live matters met en lumière des femmes blanches de la middle class sans complexe. Ouvertement racistes, elles ont pris confiance sous l’ère Trump et ne cachent pas leur opinion. La vidéo d’une Karen armée face à des supposés agresseurs noirs, (en réalité des manifestants à Saint Louis) a fait le tour du web, à ses côtés sa version masculine Ken, pourtant nettement moins moqué. Ces femmes abuseraient selon l’expression du New York Time de leur « privilège blanc ».
Parmi leurs attributs signalétiques, « Appelez moi le directeur » est une de leur phrase fétiche. Et si la mauvaise foi est universellement partagée, la leur sert un dessein haineux. Délatrices et plaignantes zélées auprès de la police, les Karen sont agressives et mythomanes. Ellen Eastwood sur Medium les décrit comme des « mamans blanches d’âge moyen, ignorantes et agressives ». Emblématique, la Karen de Central Park atteste d’une hystérisation face aux communautés noires et asiatiques. Promenant son chien sans laisse alors que les panneaux indiquent que c’est interdit, un homme noir lui fait une remarque, aussitôt Karen appelle la police pour dire qu’un afro américain menace sa vie.
Karen : une insulte
Symbole d’une Amérique qui se sent menacée, les Karen ont ajouté à leur arc le complotisme et le refus de porter un masque durant la pandémie. Leurs comportements rageurs n’est pourtant pas l’apanage des femmes et l’invasion du Capitole au lendemain de l’élection de Joe Biden a montré que les hommes étaient en première ligne. Alors pourquoi Karen est devenue un mème moqué alors que Ken passe quasiment inaperçue ? Insulter les femmes au travers d’un prénom est une pratique en vogue. Sur la liste on peut ajouter Becky (plus jeune), Stacy (sexy) et Susan la nouvelle Karen.
Attribuer des traits de caractère méprisable à un prénom discrédite du même coup toutes les Karen qui sont hors de ce schéma. Une violence qui ne se duplique pas au masculin. A l’origine de cette tendance, le New york Time exhume le personnage de Karen incarné par Amanda Seyfried dans «Mean Girls» (Lolita malgré moi) qui dans une réplique lance à Lindsay Lohan : « Si tu viens d’Afrique, pourquoi es-tu blanche ?». Nom de code de femmes de la middle class qu’on adore détester, Karen a même une représentation physique repérable avec des cheveux blonds coupés en carré et agrémentés d’une mèche plus longue qui lui mange le visage. La coupe Karen est aussi célèbre que la coupe mulet pour un footballeur !
Mais ce qui caractérise le plus Karen, c’est sa colère permanente. Une réponse à son inompréhension face à une société multiculturelle. Le site média Urbania souligne que «les Karen ont grandi dans le confort et les privilèges de la classe moyenne et dans une conception de la justice sociale assez simpliste». Un contexte judéo chrétien d’où l’intersectionnalité est absente.