La réaction d’Annie Duperey face au témoignage de Judith Godrèche assène l’idée que les femmes seraient responsables des violences qu’elles subissent. Des propos problématiques qui peuvent s’analyser au regard d’une culture générationnelle.
Après avoir déposé plainte contre Benoit Jacquot et Jacques Doillon, les propos de l’actrice et réalisatrice Judith Godrèche suscitent des ondes de réactions avec l’espoir que l’industrie du cinéma fera sa révolution. Mais parmi les voix dissonnantes, celle d’Annie Duperey, 76 ans, qui avait déploré samedi sur RTL, une « chasse aux sorcières tardive ». « Je vais me faire taper dessus mais je pense que tout cela est extrêmement exagéré ».
Face à l’indignation, la comédienne a rétropédalé et a justifié dans un communiqué avoir voulu « tempérer l’emballement médiatique ». Alexandra Lamy sur X a vivement réagi: « Vous voulez dire à toutes ces femmes que vous n’aimez pas la chasse aux sorcières tardive mais ce ne sont pas des sorcières, ce sont des violeurs, des criminels. Il faut dire à toutes ces victimes que vous n’aimez pas la chasse aux violeurs et aux criminels tardifs ! ».
Et à chaque nouvelle parole de femmes qui libèrent des témoignages douloureux, d’autres se font entendre pour minimiser ou mettre en doute les souffrances. Catherine Deneuve dans une tribune co-signée par une centaine de personnalités en 2018 revendiquait « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » dans le sillage de l’affaire Weinstein. Mettant sur le même plan la drague et le viol, et concluant que la libération de la parole confinait à la haine des hommes, ce type de propos sont une ligne de crête avancée par une génération qui soutient les prédateurs.
Les femmes de ma génération (je suis née en 1969) et mes aînées n’ont pas eu accès à ces prises de conscience et surtout à cette éducation au moment où elles en auraient eu le plus besoin.
Internaute sur Instagram
Le renversement de statut
Parmi la réthorique utilisée, on retrouve celle employer par Annie Duperey lorsqu’elle soutient qu’il suffirait ne pas avoir le profil de la victime. Sans le définir, cet argument propre à la culture du viol soutient que les prédateurs se détournerait de certaines femmes. Les compagnes des hommes mis en cause les défendent. Carole Bouquet, l’actrice qui a vécu avec Depardieu pendant dix ans, assure qu’il n’est pas violent avec les femmes et dit avoir « peur pour lui ».
Un renversement de statut opéré systématiquement. A la présomption d’innocence brandie s’oppose une présomption de mensonge des accusatrices pour mieux la renforcer. Nées dans les années d’après-guerre, les femmes qui rejetent la libération de la parole ont baigné dans une culture où la norme était constituée de rapports de domination confortés par une absence de liberté législative. Le droit à l’IVG, la criminalisation du viol, l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes sont des dispositions récentes. Chacune s’est débrouillée comme elle le pouvait renforçant à leur insu le patriarcat. « Les femmes aussi ont été élevées dans certains systèmes de valeurs et certaines (bcp ? Mais silencieuses) sont déboussolées …» commente une instagrammeuse sur notre compte J’ai piscine avec SImone.