LE MEDIA FEMINISTE PIONNIER QUI DOCUMENTE CE QUE L’AGE FAIT AUX FEMMES
Crédit photo : Summer Hokulani.

Du 16 au 20 novembre 2026, Kiffe ton Cycle organise son deuxième sommet gratuit en ligne consacré à la périménopause et à la ménopause. Sa fondatrice, Gaëlle Baldassari, revient sur les avancées réalisées depuis 2021, les difficultés qui persistent et la nécessité de mieux informer et accompagner les femmes.

À l’origine, Kiffe ton Cycle entend aider les femmes à mieux comprendre leur cycle menstruel. Mais les nombreux témoignages de souffrance reçus par sa fondatrice, Gaëlle Baldassari, la conduisent à élargir son approche. Ces récits font écho à sa propre expérience. Concernée par le syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP), elle reconnaît avoir longtemps minimisé ses difficultés. « J’avais vraiment fait un déni de souffrance », confie-t-elle. Une réalité que lui rappellent également les femmes qui la suivent. « C’est bien beau de créer Kiffe ton Cycle, mais nous, on souffre », rapporte-t-elle. Informer sur le fonctionnement du cycle ne suffit plus. Il faut aussi répondre aux difficultés rencontrées par les femmes. « J’ai toujours considéré que c’était une promesse », insiste-t-elle. Une conviction qui l’amène à élargir progressivement les sujets abordés.

C’est dans cette continuité qu’elle organise, en 2021, son premier sommet consacré à la ménopause. « J’organise un peu contre mon gré, pour être honnête », reconnaît-elle. Pas encore personnellement concernée, elle reçoit pourtant des centaines de messages de femmes en quête d’informations, souvent démunies face à des symptômes mal compris. Cinq ans plus tard, le paysage a changé. La ménopause occupe désormais une place plus importante dans les médias et le débat public. « Il y a des femmes célèbres qui se sont emparées du sujet, alors qu’avant c’était pas le cas », observe-t-elle. Gaëlle Baldassari souligne également les progrès de la recherche sur les traitements hormonaux. Une évolution significative, qui ne fait toutefois pas disparaître les besoins d’information et d’accompagnement.

La ménopause, entre souffrance et nouvel épanouissement

Les expériences de la ménopause sont très différentes d’une femme à l’autre, mais les symptômes qui bouleversent le quotidien ne devraient jamais être considérés comme une fatalité. « Ne pas dormir de la nuit, être épuisé, avoir tout un tas de symptômes […] c’est pas normal et on devrait être accompagné pour ça », souligne Gaëlle Baldassari. La possibilité de vivre positivement cette période suppose d’abord que les souffrances soient reconnues et prises en charge. « Une fois qu’on a bien pris en charge les personnes qui ont des problématiques et qui ne le vivent pas bien, alors ça devient légitime de dire […] il se passe quelque chose de super intéressant dans cette période-là. »

Ce changement de perspective concerne aussi le rapport au corps. Aux normes esthétiques profondément intériorisées, Gaëlle Baldassari oppose une autre priorité, celle de la santé. Plutôt que de mesurer les transformations physiques liées à la ménopause à l’aune de la minceur et du regard extérieur, elle défend l’idée de « passer d’un corps […] objectifié, magnifié, regardé […] à un corps santé ». Un renversement des priorités qu’elle résume simplement. « On veut se sentir bien dans notre corps. C’est ça l’enjeu. »

Traitements hormonaux et pratiques complémentaires, comment s’y retrouver ?

Malgré l’évolution des connaissances, les craintes autour du traitement hormonal de la ménopause restent tenaces. Gaëlle Baldassari observe cette méfiance jusque dans son entourage. Certaines femmes multiplient les recours à la naturopathie et aux pratiques alternatives, parfois pendant des années, avant d’envisager un traitement médical. « Je suis au contact de cette souffrance », souligne-t-elle, évoquant des femmes épuisées par les troubles du sommeil et qui regrettent, après avoir finalement recours à un traitement hormonal, de ne pas l’avoir envisagé plus tôt. Ces réticences s’ajoutent aux difficultés d’accès aux soins et au manque de formation de certains professionnels de santé.

L’essor du marché de la ménopause complique encore la recherche de solutions fiables. Gaëlle Baldassari constate la multiplication des propositions commerciales, « farfelues parfois ». Face à cette profusion d’offres, elle revendique une séparation claire entre information et prise en charge médicale. « Nous faisons de la médiation scientifique et on accompagne le mode de vie toujours en parallèle d’un accompagnement médical », précise-t-elle. Kiffe ton Cycle a déjà formé plus de 400 éducatrices menstruelles, qui animent notamment des ateliers sur la ménopause. Une formation complémentaire de 15 mois prépare également des conseillères en bien-être menstruel, dont la première promotion est en cours. Leur rôle consiste à accompagner les femmes sur les habitudes de vie, sans poser de diagnostic et en les orientant vers un médecin lorsque cela s’avère nécessaire.

Des professionnels mieux formés pour améliorer la prise en charge

Au-delà des réticences face aux traitements, l’accès à des professionnels suffisamment formés constitue un autre obstacle. « Il y a un problème de formation aussi », souligne Gaëlle Baldassari. Son deuxième sommet réunit des médecins, mais également des intervenants proposant des approches complémentaires, autour de sujets aussi variés que les traitements hormonaux, le sommeil, la sexualité ou les transformations du corps. Cette diversité répond à la volonté d’aborder la ménopause dans toutes ses dimensions, tout en distinguant l’accompagnement du mode de vie de la prise en charge médicale.

Cette diversité d’approches pose également la question de l’organisation des soins. Les maisons de santé des femmes offrent une piste pour améliorer l’accompagnement des patientes. « Je suis persuadée que les maisons pluridisciplinaires […] sont des espaces dans lesquels on est beaucoup mieux accompagné », affirme la fondatrice de Kiffe ton Cycle. Les sages-femmes pourraient notamment y jouer un rôle accru, grâce à leurs compétences et à la relation de confiance nouée avec leurs patientes. Mais les résistances entre professions de santé freinent, à ses yeux, l’évolution des pratiques, alors que l’accès à un gynécologue reste difficile pour de nombreuses femmes.

Sophie Dancourt

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