LE MEDIA FEMINISTE PIONNIER QUI DOCUMENTE CE QUE L’AGE FAIT AUX FEMMES

Inspirée par l’initiative des Islandaises en 1975, une mobilisation ambitionne de mettre les femmes à l’arrêt en France le 13 octobre pour faire avancer les enjeux d’égalité femmes-hommes.

« Les femmes sauveront-elles le monde ? » C’est au moment d’une conférence lors des Universités d’été de l’économie de demain, fin août 2025, que l’entrepreneuse Marie Eloy a évoqué son ouvrage éponyme et, surtout le manque de parité dans le monde et son cocktails d’effets délétères. Puis elle a rappelé comment 90 % des Islandaises s’étaient soulevées contre les inégalités en octobre 1975, se mettant toutes en grève de travail et de tâches ménagères, afin que l’ensemble de la société comprenne leur rôle crucial et la nécessité d’appliquer l’égalité femmes-hommes. Un moment fondateur qui entraîna des changements de législation en faveur des femmes.

Dominique Crochu, 75 ans, se souvient de cette anecdote, puisqu’elle était assise dans l’auditoire. Cette figure du développement du football féminin en France évoque les bruissements qui ont parcouru l’assemblée. « Et si on s’inspirait des Islandaises ? Et si on faisait la même chose ici, en France ? » Un enthousiasme fédérateur. Très vite, un cercle de personnes convaincues par l’idée se constitue : Marie Eloy, la journaliste Caroline Blaes, l’ancienne ministre à l’Égalité entre les femmes et les hommes Élisabeth Moreno, la cofondatrice de My Little Paris Céline Orjubin, le fondateur de Diversidays Anthony Babkine…

« La mixité n’est pas une option »

Ensemble, ce groupe initie le mouvement baptisé World with women. Fin mars, celui-ci annonce la mobilisation à venir : « le 13 octobre 2026, World With Women appelle toutes les femmes qui le peuvent à suspendre leurs activités professionnelles et privées, et à ne pas consommer. Pendant 24 heures, dans toutes les régions du monde, nous nous retrouverons pour une mobilisation joyeuse et positive. » Le but ? Promouvoir plus de mixité, avec davantage de répartition entre les femmes et les hommes dans les différentes sphères professionnelles, sociales ou personnelles. « La mixité n’est pas une option. Elle est la condition pour répondre aux crises multiples », écrit d’ailleurs World With Women.

Car les faits sont tenaces : encore aujourd’hui, 88 % des chefs d’État sont des hommes, 88 % des dirigeants de banques européennes sont des hommes, 78 % des algorithmes sont conçus par des hommes, 94 % des prix Nobel sont attribués à des hommes… Autant de chiffres qui font dire à Dominique Crochu que « ça ne va pas ». Alors la septuagénaire s’est investie depuis le mois de mars dans le comité de pilotage de World with women. « Je me suis rendue compte que finalement, la mixité, on n’avait jamais essayé. Or, plus il y en aura, plus on aura de chances d’avoir un monde qui va mieux. Car là, on ne peut pas dire qu’avec cette situation, il va bien », ironise-t-elle.

Comme l’ensemble du mouvement, Dominique Crochu insiste sur la notion de mixité, plus qu’elle ne parle directement de féminisme. Les ambitions sont les mêmes, mais World with women insiste pour dire qu’il s’agit d’imaginer le « monde avec les femmes », sans être « contre les hommes ». Une manière de ne pas froisser certains de ces messieurs qui se sentent encore exclus par l’adjectif féministe. « Il faut que les hommes soient nos alliés, sinon c’est encore plus difficile », plaide Dominique Crochu. Plusieurs hommes sont ainsi engagés directement au sein de l’organisation. World with women invite aussi l’ensemble d’entre eux à soutenir l’initiative « en prenant le relais des tâches habituellement assumées par les femmes ».

Antennes locales et mouvement international

Depuis l’annonce de l’événement, plus de 200 associations ont rejoint le mouvement World with women. Qui se démultiplie à travers la France, grâce à plus d’une trentaine de comités locaux, de Nantes à Marseille en passant par Annecy, Orléans, Ribeauvillé, Dreux… À Paris, le rendez-vous aura lieu à partir de 11h30 place de la Bastille. Le 13 octobre, la mobilisation aura aussi une portée internationale, avec des actions dans une quarantaine de pays : Autriche, Italie, Rwanda, Tunisie… et bien sûr l’Islande !

Concrètement, le 13 octobre, toutes les femmes sont appelées à s’arrêter : en prenant un journée de congé ou de RTT, en suspendant leurs activités lorsqu’elles le peuvent… Pas de caisse de grève prévue pour soutenir celles qui voudraient s’arrêter de travailler, mais hésitent en raison de l’impact sur leurs revenus. Mais Dominique Crochu explique que le soutien au mouvement peut se traduire par d’autres actes : s’arrêter juste une heure, porter un badge ou un tee-shirt de soutien, ne pas se rendre à la réunion d’un club ou d’une association dans laquelle on est engagée, réduire les tâches ménagères…

« Il s’agit d’une première fondation, mais on ne va pas s’arrêter là », insiste l’enthousiaste septuagénaire. World with women ambitionne que cette journée serve de prise de conscience, pour ensuite accélérer la demande de mesures concrètes en faveur de l’égalité femmes-hommes : accès universel aux soins de santé sexuelle et reproductive, loi intégrale de lutte contre les violences sexuelles, inscription de l’égalité dans la Constitution, parité dans toutes les instances de décisions publiques et privées, revalorisation financière des missions d’éducation, de soin et de service portées majoritairement par les femmes… Alors, on s’arrête ? Pour mieux repartir.

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Mathilde Doiezie

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