LE MEDIA FEMINISTE PIONNIER QUI DOCUMENTE CE QUE L’AGE FAIT AUX FEMMES
Crédit photo : Anne Lepont

Incontournable dans la vie des femmes, l’association Le Planning familial fête ses 70 ans cette année. L’occasion, pour le Musée des féminismes en préfiguration à Angers, de la célébrer en retraçant l’histoire de ses différentes luttes.

Le spéculum est rentré dans une boîte en bois. En position ouverte, il donne accès à une image : la photographie d’un col de l’utérus. Un élément de l’appareil génital de la moitié de l’humanité… et pourtant si peu connu, si peu vu, tellement tabou. Juste à côté, des plantes reconnues pour leurs propriétés abortives. Plus loin, un fauteuil gynécologique où chacun·e est libre de s’asseoir pour ressentir la position de vulnérabilité dans laquelle les femmes se retrouvent lorsqu’elles sont examinées. Sur un autre panneau, des outils de prévention comme une « capote de verre » pour se protéger contre la soumission chimique ou l’outil du violentomètre.

À l’Hôtel des Pénitentes, belle bâtisse au cœur du quartier de la Doutre à Angers, l’association Afémuse a pris ses quartiers mi-septembre. Créée en 2022, celle-ci vise à concrétiser la création du premier Musée des féminismes en France. Après une première exposition en 2025 (« Les femmes sont dans la rue ! »), l’Afémuse a choisi cette année de rendre hommage à une association incontournable dans le paysage féministe : le Planning familial.

Cette année, celui-ci fête ses 70 bougies. Un anniversaire célébré dans un contexte de plus en plus difficile pour elle, face à la montée de discours masculinistes, anti-féministes et de l’extrême droite. Aussi, en raison de nombreuses coupes budgétaires auxquelles la confédération et ses différentes associations départementales font face, réduisant son champ d’action.

Des combats qui ont évolué au cours de l’histoire

Les combats portés par le Planning familial sont pourtant d’intérêt général. À Angers, sept parties couvrent sept enjeux qu’il a défendu ou défend encore. « Son combat initial portrait sur l’accès à la contraception. Puis lors de l’obtention de la loi Neuwirth en 1967, il y a eu une rupture entre les membres historiques et la base militante, qui souhaitait continuer à défendre les droits sexuels et reproductifs des femmes. 1975 a marqué un autre tournant, avec la légalisation de l’avortement et de nouvelles luttes sont encore apparues », explique Lucile Devulder, cheffe de projet à l’Aéfmuse.

Et pour donner à voir et à comprendre ces différents combats, l’Afémuse s’est reposé sur la « matérialité des objets ». Des objets qui touchent beaucoup à l’intime, au quotidien et qu’on voit peu dans les musées. « L’idée, c’est de donner à voir et à tester », complète Christine Bard, professeure d’histoire contemporaine spécialiste de l’histoire des femmes et du genre, co-commissaire de l’exposition. La plupart d’entre eux ont été prêtés ou donnés par des militantes. Comme la valise abortive basée sur la méthode de Karman par aspiration, gardée par une membre du MLAC pendant 40 ans sous son lit, une anecdote racontée lors de l’inauguration.

Objets de connaissance, objets de lutte

Ces objets ont permis aux femmes de mieux comprendre le fonctionnement de leurs organes reproductifs ou de mieux cerner ce qu’il se passait lors d’un accouchement. Comme avec cette reproduction du mannequin pédagogique en tissu de la sage-femme Angélique Le Boursier du Coudray, véritable pionnière qui parcourut la France au 18e siècle pour former des sage-femmes et des chirurgiens partout sur le territoire.

Il s’agit aussi d’objets de lutte contre les discriminations ou la violence conjugale, avec le bureau-type d’une écoutante. D’objets de controverse, rappelant par exemple les scandales médicaux avec la contraception forcée ou les tests forcés de contraceptifs sur des femmes racisées, dans une perspective raciale et coloniale. D’objets comme des banderoles ayant contribué à porter haut et fort les revendications féministes.

Prochaine installation pérenne

La plupart d’entre eux font désormais partie de la collection du Musée des féminismes en préfiguration. Pour lequel les planètes paraissent s’aligner… L’Hôtel des Pénitentes où l’exposition est hébergée semble être un lieu tout trouvé pour poser ses fondations définitives. L’endroit permettrait d’effectuer un véritable retournement du stigmate, comme les féministes l’ont fait pendant des années. Car ici, entre le 17e et le 19e siècle, l’édifice a servi de lieu d’enfermement pour des « femmes et filles de mauvaise vie », avant de servir de prison pour femmes.

La conclusion d’études architecturales donnera prochainement le mot final à ces recherches, afin de savoir si ce lieu deviendra le siège des archives de l’émancipation féminine. Le maire d’Angers, Christophe Béchu (LR), a en tout cas confirmé que l’association Afémuse aurait accès en 2027 à une « maison de projet » dans la ville, avant un lieu définitif où s’établir. En attendant, l’association Afémuses prévoit de nombreuses actions culturelles autour de l’exposition, auprès de publics variés à Angers. Avant de la faire circuler ailleurs en France, pour démultiplier l’accès à la connaissance de l’histoire des femmes à travers ces objets ayant jalonné leur vie.

Objets de choix, une autre histoire du Planning familial. Corps, intimité, politique.
Organisé par le Musée des féminismes, porté par l’association Afémuse
Hôtel des Pénitentes – 23 boulevard Descazeaux, 49100 Angers
Du 19 septembre 2026 au 3 janvier 2027
Tarif libre

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Mathilde Doiezie

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