La rougeole a été officiellement déclarée éliminée aux États-Unis en 2000. Vingt-six ans plus tard, elle y circule de nouveau à un niveau inédit depuis le début des années 1990. Au 23 juillet 2026, les autorités sanitaires avaient confirmé 2 318 cas depuis le début de l’année, davantage que pendant toute l’année précédente. « La rougeole (…) devrait appartenir au passé, grâce à un vaccin largement disponible et très efficace. Au lieu de cela, les cas atteignent des niveaux records, illustration saisissante des conséquences d’une désinformation galopante et du recul de la confiance envers les institutions de santé publique. »analyse la scientifique qui a contribué à transformer la manière dont le monde suit les épidémies. Professeure à l’université Johns-Hopkins et directrice de son Center for Systems Science and Engineering, Lauren Gardner étudie la diffusion des maladies infectieuses à partir des déplacements de population, des comportements humains et des politiques publiques.
En janvier 2020, la scientifique et son équipe ont conçu un tableau de bord interactif permettant de suivre presque en temps réel la propagation du Covid-19 à travers le monde. Utilisé par les autorités sanitaires, les chercheurs, les médias et le grand public, il s’est rapidement imposé comme une référence mondiale pendant la pandémie. Cette approche, fondée sur le croisement de données sanitaires, géographiques et sociales, guide aujourd’hui ses recherches sur la rougeole. Pour comprendre le retour de la maladie, Lauren Gardner ne se contente pas de recenser les cas. Elle analyse également la localisation des foyers, les taux de vaccination, les règles d’exemption scolaire et les sources d’information consultées par la population.
Ses travaux indiquent que la moyenne nationale dissimule des poches locales de sous-vaccination dans lesquelles le virus peut circuler rapidement. La couverture vaccinale des enfants entrant à l’école est désormais tombée à 92,5 % aux États-Unis, sous le seuil de 95 % considéré comme nécessaire pour empêcher une transmission durable de la rougeole.Une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association, l’une des principales revues médicales scientifiques au monde. montre que la baisse de la vaccination ROR touche une grande partie du pays. Depuis la pandémie de Covid-19, elle a reculé dans la majorité des comtés étudiés.
Pourtant, le vaccin reste très efficace puisque deux doses protègent contre la rougeole dans environ 97 % des cas. Cette protection est d’autant plus importante que la maladie peut provoquer des pneumonies, des complications neurologiques et parfois des décès, notamment chez les enfants et les personnes immunodéprimées.
Le rôle des médias dans la défiance vaccinale
Les chercheurs ont constaté que les personnes consultant régulièrement certains médias numériques de la droite américaine exprimaient beaucoup plus souvent une défiance envers le vaccin ROR. Les répondants hésitants se tournaient également davantage vers des influenceurs spécialisés dans la santé, des praticiens de médecines alternatives et des organisations militantes opposées à la vaccination. « Nos travaux révèlent une forte association entre les habitudes médiatiques précises des personnes et leurs attitudes envers la vaccination », explique Lauren Gardner. La désinformation sur le vaccin ROR reste notamment alimentée par l’affirmation selon laquelle il provoquerait l’autisme. Cette relation a été réfutée par de nombreuses études, mais elle continue de circuler dans les réseaux militants antivaccinaux et dans une partie du débat politique américain.
L’avertissement de Lauren Gardner prend une portée particulière depuis l’arrivée de Robert F. Kennedy Jr. à la tête du ministère américain de la Santé. Figure ancienne du mouvement antivaccin, il a longtemps défendu ces positions au sein de Children’s Health Defense, l’organisation qu’il dirigeait avant son entrée au gouvernement. En mars 2025, il écrivait encore que « la décision de vacciner est personnelle » En mars 2025, il affirmait encore que « la décision de vacciner est personnelle » et présentait la vitamine A, l’huile de foie de morue comme des traitements possibles pour les personnes déjà infectées.
« Depuis le début de l’année dernière, les responsables fédéraux ont présenté la rougeole comme une maladie bénigne et inévitable et ont diffusé des informations trompeuses sur le vaccin ROR », a regretté Andrew Racine, président de l’American Academy of Pediatrics qui dénonce « une crise évitable qui touche de manière disproportionnée les enfants. » L’Organisation panaméricaine de la santé doit désormais déterminer si les États-Unis peuvent conserver le statut d’élimination obtenu en 2000. Sa décision, initialement attendue plus tôt dans l’année, a été reportée à novembre 2026 afin d’évaluer si une même chaîne de transmission s’est maintenue pendant plus de douze mois.


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