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Crédit photo : ©Arnaud Bouissou / Terra/Wikicommons

Emmanuel Macron n’a pas accepté la démission de la ministre de la Transition écologique. Monique Barbut poursuit sa mission tout en maintenant son opposition à la loi d’urgence agricole. Les reculs écologiques dénoncés restent, eux, inchangés.

Monique Barbut reste finalement au gouvernement. Mercredi 22 juillet, la ministre de la Transition écologique a remis sa démission à Emmanuel Macron après l’adoption définitive de la loi d’urgence agricole. Quelques heures plus tard, son cabinet a annoncé qu’elle avait « accepté de poursuivre sa mission à la demande » du président de la République, qui l’a assurée de son soutien. Nommée en octobre 2025, l’ancienne présidente de WWF France conserve donc son portefeuille. Son entourage précise qu’elle reste « face à l’urgence d’agir contre les conséquences du changement climatique » et pour répondre aux enjeux de santé environnementale. La ministre a cependant « confirmé son désaccord » avec la version définitive de la loi agricole.

Quelques heures auparavant, Monique Barbut avait pourtant expliqué ne plus disposer des moyens nécessaires pour poursuivre son action. « Je dois reconnaître que je ne dispose plus des moyens de mener à bien cette ambition », écrivait-elle sur LinkedIn en annonçant sa démission. La ministre accusait directement l’exécutif d’avoir renié ses engagements : « Contrairement aux engagements qui m’avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure. » Elle qualifiait le maintien du volet consacré aux pesticides de « recul environnemental de trop ». Ce maintien au gouvernement laisse donc entière la contradiction politique. Monique Barbut reste chargée de défendre une loi qu’elle désapprouve et un exécutif dont elle venait de dénoncer le revirement.

Des désaccords anciens

L’opposition de Monique Barbut au texte n’est pas récent. Avant son adoption, elle déclarait déjà être « opposée à la réintroduction de ce pesticide en France », à propos de l’acétamipride. Elle présentait cette disposition comme « le principal sujet qui crispe » encore les discussions. La ministre avait également alerté sur le stockage agricole de l’eau. « On ne peut pas accepter que certains, parce qu’ils en ont les moyens, organisent seuls leur accès à l’eau pendant que les autres supportent la contrainte », déclarait-elle à propos des retenues agricoles. Elle reprochait au texte de modifier bien au-delà de l’urgence agricole les règles organisant le partage de la ressource.

Cette loi intervient après plusieurs arbitrages défavorables aux politiques environnementales. Le Fonds vert, qui finance les projets de transition et d’adaptation des collectivités, disposait de 2,4 milliards d’euros en 2024. Son enveloppe initiale a été ramenée à 837 millions d’euros en 2026. Ce fonds soutient notamment la rénovation des bâtiments publics, la végétalisation, la prévention des inondations et l’adaptation des territoires au réchauffement. Sa baisse réduit les marges de manœuvre des collectivités, alors que les besoins d’investissements climatiques augmentent.

La canicule a exposé le retard de l’adaptation

La canicule de juin 2026 a rendu ce manque d’investissements particulièrement visible. Le 22 juin, 845 écoles et collèges ont dû fermer et 1 800 autres ont aménagé leurs horaires. Ces fermetures ont répondu à l’urgence, mais elles ont aussi révélé l’inadaptation thermique persistante de nombreux bâtiments scolaires. Quelques jours auparavant, Monique Barbut avait écarté une fermeture automatique des écoles à l’échelle nationale, privilégiant des décisions locales. La multiplication des fermetures a toutefois mis en évidence l’absence d’une réponse structurelle suffisamment financée pour maintenir les établissements ouverts pendant les épisodes de chaleur extrême.

Les ZFE et le ZAN sauvés par le Conseil constitutionnel

D’autres reculs ont été votés pendant son passage au gouvernement, sans finalement entrer en vigueur. Le Parlement avait adopté la suppression des zones à faibles émissions et plusieurs assouplissements de l’objectif de zéro artificialisation nette des sols. Le Conseil constitutionnel a censuré ces dispositions le 21 mai 2026, non pas sur le fond, mais parce qu’elles constituaient des cavaliers législatifs sans lien suffisant avec le texte initial. Les ZFE et les règles du ZAN ont donc été préservées par la censure constitutionnelle, et non par un revirement politique du gouvernement ou de sa majorité.

Son maintien ne modifie ni la loi adoptée ni les arbitrages budgétaires qu’elle contestait, il la replace à la tête d’un ministère dont les marges d’action restent fortement réduites

Sophie Dancourt

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