Condamnée en 2021 dans l’Affaire du siècle pour carence climatique, la France a lancé en mars 2025 un plan national censé préparer le pays à +4 °C d’ici 2100. Mais face aux épisods de canicules l’État demande aux citoyens d’être vigilants tout en fragilisant les moyens collectifs de protection.
Dans un Reel sur Instagram consacré à la canicule, la journaliste Camille Crosnier, spécialiste de l’écologie a dénoncé l’hypocrisie de certains décideurs. En particulier celle d’Emmanuel Macron appelant les Français à « la grande vigilance » et de Thomas Buberl, directeur général d’AXA, affirmant que face à la hausse des sinistres climatiques, « la seule manière de se battre contre ça, c’est la prévention ». Des appels à la prudence indécents lorsque la chaleur tue déjà, massivement, mais sans toujours laisser de traces visibles dans le débat public.
Une mortalité qui restent peu visibles car la chaleur apparaît rarement comme cause directe au moment du décès. Santé publique France attribue plus de 5 700 décès à la chaleur pendant l’été 2025. Pour établir cette estimation, l’agence compare la mortalité observée pendant la période de surveillance estivale à la mortalité attendue sans chaleur excessive. L’Organisation Mondiale de la Santé rappelle que la chaleur peut aggraver les maladies cardiovasculaires, respiratoires, rénales, endocriniennes et les troubles mentaux dans sa fiche consacrée à la chaleur et à la santé. Guillaume Boulanger, responsable d’unité à Santé publique France, estime dans un article du Monde que « Le nombre de décès est clairement sous-estimé. Les cas identifiés ne sont que la partie émergée de l’iceberg. » Sur les neuf derniers étés, l’agence estime que 11 700 décès sont attribuables à l’exposition à la chaleur pendant les canicules et près de 40 000 sur l’ensemble des périodes de surveillance.
La prévention, paravent de l’incurie
François Gemenne, politologue et membre du GIEC, s’indigne que l’on attende « d’être au pied du mur » avant d’agir. Le risque est depuis longtemps documenté, annoncé, cartographié. Un rapport du Sénat sur l’adaptation du logement au changement climatique rappelle qu’au-delà de sept jours de vague de chaleur, la surmortalité des résidents en Ehpad est multipliée par 4,5. Pourtant, la réponse publique reste trop souvent déclenchée quand la crise est déjà là. Le Haut Conseil pour le climat a formulé le même constat dans son avis sur le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique. « La France n’est pas encore prête à faire face aux impacts du changement climatique », a alertié l’institution. Ce document, publié en mars 2025, doit préparer le pays à une France à plus 4 degrés d’ici 2100.
Pourtant de nombreux signaux attestent d’un manque de volonté politique pour mener a bien une réforme climatique. Emblématique, MaPrimeRénov’dédiée à la rénovation énergétique des logements subit des coups de rabot réguliers. Le budget du dispositif est passé de 3,1 milliards d’euros en 2024 à 2,1 milliards en 2025. En 2024, seules 91 000 rénovations d’ampleur ont été réalisées, contre un objectif de 900 000 par an à l’horizon 2030. De même, Le Fonds vert créé en 2023 pour accélérer la transition écologique dans les territoires a fondu. Doté de 2 milliards d’euros à son lancement, il atteint 837 millions d’euros en 2026.
Les activistes du climat dénoncent depuis des années l’écart entre les alertes scientifiques et les décisions politiques. En 2024, Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU sur les défenseurs de l’environnement, a rappelé que l’urgence environnementale « ne peut être traitée si ceux qui tirent la sonnette d’alarme et exigent des mesures sont criminalisés ». Lauren Provost, directrice adjointe de la rédaction de Libération, a résumé cette impasse. « Ce qu’on fait aujourd’hui, c’est la gestion de crise. On joue les pompiers au lieu d’éviter l’incendie. »


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