Le décès de Claudette Colvin, le 13 janvier, remet en lumière le parcours d’une figure essentielle mais marginalisée du mouvement des droits civiques aux États-Unis.
Le 2 mars 1955, à Montgomery, en Alabama, Claudette Colvin est une adolescente noire de 15 ans lorsqu’elle refuse de céder sa place à une passagère blanche dans un bus public. Elle est arrêtée, menottée et incarcérée. Son geste intervient neuf mois avant celui de Rosa Parks, devenu emblématique du boycott des bus de Montgomery. Contrairement à elle, Claudette Colvin ne sera pas mise en avant comme figure publique du combat contre la ségrégation. À l’époque, les responsables du mouvement des droits civiques privilégient une stratégie de visibilité contrôlée. Trop jeune, issue d’un milieu modeste, et bientôt enceinte hors mariage, l’adolescente est jugée inapte à incarner une cause nationale exposée à l’opinion publique blanche et aux tribunaux.
Pourtant, son rôle ne s’arrête pas à cet acte isolé. En 1956, Claudette Colvin fait partie des plaignantes dans l’affaire Browder v. Gayle, une procédure fédérale contestant la légalité de la ségrégation raciale dans les bus de l’Alabama. Cette action en justice aboutit, en novembre de la même année, à une décision de la Cour suprême déclarant inconstitutionnelle la ségrégation dans les transports publics. Et met fin à la ségrégation dans les bus de l’État.
Malgré cette contribution déterminante, l’adolescente disparaît rapidement du récit officiel. Après le procès, elle quitte Montgomery, où son arrestation rend difficile toute insertion professionnelle. En 1958, elle s’installe à New York. Elle y élève ses deux fils et travaille à partir de la fin des années 1960 comme aide-soignante dans une maison de retraite de Manhattan. Elle exercera ce métier pendant plus de trente ans, jusqu’à sa retraite en 2004. Pendant des décennies, son nom reste peu présent dans les manuels scolaires, les commémorations et les discours publics consacrés aux droits civiques. Ce n’est que tardivement que son rôle commence à être davantage reconnu. En 2021, un tribunal de l’Alabama accepte d’effacer son casier judiciaire de jeunesse, soixante-six ans après son arrestation, geste symbolique d’une reconnaissance longtemps différée.


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