LE MÉDIA PIONNIER ENGAGÉ POUR LA VISIBILITÉ DES FEMMES DE 50 ANS ET PLUS

Adopté au printemps par une large majorité, le projet de légalisation de l’avortement n’a pas été ratifié par le souverain monégasque. Le refus du Prince Albert prolonge une situation qui oblige encore les femmes à quitter la Principauté pour exercer ce droit.

En mai 2025, le parlement monégasque a adopté une proposition de loi visant à légaliser l’avortement. Le vote était clair : dix-neuf élus favorables, deux contre. Pour la première fois, la Principauté semblait prête à rejoindre le reste de l’Europe occidentale, où ce droit bien que fragilisé, est reconnu depuis des décennies. Mais cette avancée n’a pas abouti. Le Prince Albert, souverain Monégasque, a refusé de ratifier le texte. Le gouvernement, par la voix du ministre d’État, a justifié cette décision en invoquant « l’identité catholique de la Principauté, telle que définie dans la Constitution ».

Dans les faits, rien ne change pour les femmes. L’avortement reste interdit, sauf en cas de viol, de danger grave pour la santé ou de malformation fœtale. Pour toutes les autres situations, les Monégasques, les résidentes ou les nombreuses salariées qui travaillent dans la Principauté doivent se rendre en France. Cela implique des démarches urgentes, des déplacements, des frais imprévus et une organisation souvent difficile. Une réalité que de nombreux acteurs de terrain décrivent comme un report de responsabilité vers l’extérieur, alors même que le débat progresse au sein de la Principauté.

Une vive réaction

Dans ce contexte Béatrice Fresko-Rolfo, élue et présidente de la commission des droits de la femme, de la famille et de l’égalité, a réagi : « Si les hommes risquaient leur santé, leur vie, leur carrière à chaque conception… l’avortement serait déjà autorisé en Principauté et ailleurs depuis longtemps. » Ce statu quo maintient Monaco parmi les derniers territoires européens où l’avortement n’est pas librement accessible. Les premières concernées sont celles pour qui un déplacement en France représente un coût, un délai ou une organisation difficile, comme le soulignent les élu·e·s qui appellent à une réforme.

Pourtant, la société monégasque évolue. Les prises de parole se multiplient, et une partie des élus continue de défendre une loi claire et pleinement assumée. Béatrice Fresko-Rolfo appelle la Principauté à se doter « d’une loi digne de ce nom », alignée sur les réalités contemporaines et les attentes des femmes. Pour l’heure, le texte voté reste en attente de signature. Et les femmes, elles, attendent qu’un droit fondamental soit enfin garanti sur leur propre territoire.

Sophie Dancourt

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