Condamné le 27 janvier 2026 à quatre ans de prison, dont dix-huit mois ferme, pour avoir drogué à son insu la députée Sandrine Josso, l’ex-sénateur Joël Guerriau a vu sa ligne de défense balayée par le tribunal. Les juges ont retenu une intention d’agression sexuelle ou de viol. l’ancien élu a décidé de faire appel.
Les faits remontent au 14 novembre 2023. Ce soir-là, la députée Sandrine Josso se rend au domicile parisien de Joël Guerriau pour célébrer sa réélection au Sénat. Au cours de la soirée, l’ancien sénateur lui sert un verre. Peu après l’avoir bu, la députée est prise d’un malaise soudain. À l’audience, elle décrit une « désorientation brutale », une « perte de repères » et le sentiment « que quelque chose n’allait pas ». Elle quitte l’appartement et se rend à l’hôpital. Les analyses toxicologiques révèlent la présence de MDMA dans son organisme. Sandrine Josso indique n’avoir pourtant consommé aucune drogue. Le lendemain, elle dépose plainte.
À l’audience, Joël Guerriau reconnaît la présence de la substance mais rejette toute intention criminelle. « Je suis victime de ma stupidité », répète-t-il à la barre. La MDMA, affirme-t-il, était destinée à sa consommation personnelle. Sandrine Josso aurait, selon lui, bu « un verre qui ne lui était pas destiné ». L’ancien sénateur dit ne pas aller bien au moment des faits. Il évoque « une période de fragilité », marquée notamment par la mort récente de son chat ! Il insiste enfin sur ce qui, selon lui, n’a pas eu lieu : « il n’y a eu ni geste, ni parole, ni intention sexuelle ».
Des arguments lunaires
Cette version n’a pas convaincu le tribunal. Et dans sa décision, il relève que Joël Guerriau « détenait de la MDMA à son domicile » et qu’il a « lui-même servi le verre consommé par Sandrine Josso ». L’hypothèse d’une ingestion accidentelle ne tient pas et la justification est lunaire, l’ex sénateur affirme que la drogue avait été versée la veille dans un verre destiné à sa propre consommation. Le verre aurait été rangé puis réutilisé le lendemain, sans qu’il ait conscience qu’il n’était pas vide. Les mêmes explications peu co sont invoquées au sujet des recherches Internet. Interrogé sur celles effectuées un mois avant les faits autour de l’ecstasy et du GHB, Joël Guerriau affirme ne pas s’en souvenir, évoquant des consultations « très brèves ». Il invoque des raisons professionnelles et dit avoir voulu se renseigner sur le GHB (« drogue du violeur ») après l’agression d’une amie de sa fille.
À l’audience, Sandrine Josso décrit des séquelles psychologiques persistantes. Elle évoque une hypervigilance, des troubles anxieux, une peur durable, y compris dans des situations ordinaires, ainsi qu’une perte profonde de confiance. Elle indique avoir dû engager un suivi médical et psychologique. Dans ce dossier de soumission chimique comme dans l’affaire Pélicot, les arguments des agresseurs se répètent, excuses personnelles, mise en avant d’un malaise individuel, contestation de l’intention. Ce qui est en jeu, pourtant, n’est pas ce que les agresseurs disent avoir ressenti, mais ce qu’ils ont provoqué.


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