LE MEDIA FEMINISTE PIONNIER QUI DOCUMENTE CE QUE L’AGE FAIT AUX FEMMES

À Milan-Cortina, les Jeux olympiques d’hiver 2026 mettent aussi en lumière des sportives de plus de 40 ans toujours engagées au plus haut niveau. Dans des disciplines exigeantes, elles continuent de concourir là où le sport d’élite se referme habituellement avec l’âge.

Claudia Riegler, 52 ans, snowboard alpin, (Autriche)

À 52 ans, Claudia Riegler est la doyenne des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, disputant sa cinquième olympiade dans une discipline aussi exigeante que le snowboard alpin. Éliminée des phases finales du slalom géant parallèle, elle a pourtant rappelé sa philosophie personnelle face aux critiques autour de l’âge : « Je ne pense jamais à l’âge quand je cours. Je ne sais même pas quel âge ont les autres filles, je me sens comme elles. ». La snowboardeuse a aussi raconté les débuts d’une carrière marquée par la contrainte, après avoir été écartée de l’équipe nationale autrichienne à 30 ans pour être jugée « trop vieille », elle s’est lancée dans une période de compétition indépendante pour prouver le contraire. Son parcours montre qu’être encore en lice à plus de 50 ans dépend moins de l’âge que des conditions concrètes de préparation, de sélection et d’accès à la compétition.

Sarah Schleper, 46 ans, ski alpin, (Etats-Unis)

Sarah Schleper dispute les Jeux olympiques d’hiver 2026 sous les couleurs du Mexique, pays qu’elle représente depuis 2014. À 46 ans, la skieuse alpine participe à ses septièmes Jeux, un record dans sa discipline. Cette édition la voit concourir aux côtés de son fils, également sélectionné dans l’équipe mexicaine, une première dans l’histoire des JO d’hiver. Une situation largement commentée, que Schleper ramène pourtant à l’essentiel. « Je suis ici parce que je me suis qualifiée. C’est aussi simple que ça », explique-t-elle dans un entretien accordé à NBC. Loin d’un récit symbolique ou sentimental, la skieuse insiste sur la continuité sportive de son parcours : « Je ne me vois pas comme une exception. Je suis encore compétitive. »

Née et formée aux États-Unis, Sarah Schleper a longtemps évolué au plus haut niveau avant de faire un choix stratégique, changer de nationalité sportive pour représenter le Mexique, un pays sans tradition forte en ski alpin. Un déplacement de cadre qui lui a permis de prolonger sa carrière à haut niveau, dans un système de sélection plus ouvert, sans renoncer à l’exigence sportive. Elle mesure elle-même le caractère improbable de cette trajectoire : « Je n’aurais jamais imaginé de ma vie participer à sept Jeux olympiques, encore moins pour le Mexique », confie-t-elle dans l’interview. Mais refuse d’y voir un geste extraordinaire. « Ce n’est pas une histoire de symbole, dit-elle encore. C’est juste le résultat de tout ce travail. »

Lindsey Vonn, 41 ans, ski alpin, (Etats-Unis)

À 41 ans, Lindsey Vonn a fait le choix de revenir aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, plusieurs années après avoir annoncé sa retraite. Une décision immédiatement commentée sous l’angle de l’âge, bien plus que sous celui de son palmarès, pourtant l’un des plus impressionnants du ski alpin féminin. Interrogée par Reuters sur ce retour, la skieuse américaine balaie toute lecture héroïque ou nostalgique : « Je n’ai rien à prouver à personne », explique-t-elle. « Je fais ça parce que j’aime skier. »

Blessée lors de ce retour olympique, Lindsey Vonn a tenu à récuser toute lecture symbolique de sa présence aux Jeux. Sa participation ne s’inscrivait ni dans un défi lancé au temps ni dans une tentative de revanche, mais dans la continuité d’un rapport assumé au sport et à la compétition, indépendamment du résultat. Face aux critiques liées à son âge et à son corps, elle a aussi pointé un traitement différencié entre femmes et hommes dans le sport de haut niveau : « Si j’étais un homme, la discussion serait complètement différente », déclarait-elle dans une interview reprise par la presse américaine, dénonçant un double standard toujours à l’œuvre.

Deanna Stellato-Dudek, 42 ans, patinage artistique (Canada)

Deanna Stellato-Dudek vit un moment paradoxal aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina. Championne du monde de patinage en couple en 2024 avec Maxime Deschamps, elle avait ouvert la voie comme l’une des rares femmes de plus de 40 ans à viser l’or olympique dans une discipline dominée par les jeunes. Une trajectoire que Reuters qualifiait d’extraordinaire et qui l’installait comme une vraie candidate à un podium.

Son retour, plus de 16 ans après une première carrière interrompue par une blessure, est lui-même une histoire de longévité rare dans le patinage artistique. Dans un portrait réalisé avant les Jeux, elle expliquait : « À cause de mon âge, on me répète que le temps m’est compté… Moi, je veux être championne olympique. Je ferai tout ce qu’il faut pour devenir la plus âgée championne olympique de l’histoire. » Mais une blessure à l’entraînement a contraint le duo à renoncer aux Jeux. Cette situation n’efface rien de la trajectoire singulière qu’elle a construite.

Sophie Dancourt

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