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	<title>Archives des infirmière - J&#039;ai piscine avec Simone</title>
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	<title>Archives des infirmière - J&#039;ai piscine avec Simone</title>
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		<title>&#8220;NOS VIES D&#8217;ABORD&#8221; 24H AVEC FLORA, INFIRMIÈRE EN SOINS PALLIATIFS</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sophie Dancourt]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Aug 2019 16:26:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[infirmière]]></category>
		<category><![CDATA[SOINS PALLIATIFS]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La crise hospitalière est toujours là. Pour mesurer l&#8217;ampleur du désastre nous avons choisi de donner la parole aux personnels médicaux, ceux qui se débattent entre les coupes budgétaires et le traitement des patients. Aujourd&#8217;hui Flora raconte son quotidien dans une unité de soins palliatifs. &#8220;Chronique d&#8217;une funambule aux chandelles vacillantes&#8220;. Je m&#8217;appelle Flora, j&#8217;ai [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>La crise hospitalière est toujours là. Pour mesurer l&#8217;ampleur du désastre nous avons choisi de donner la parole aux personnels médicaux, ceux qui se débattent entre les coupes budgétaires et le traitement des patients. Aujourd&#8217;hui Flora raconte son quotidien dans une unité de soins palliatifs.</strong> &#8220;<strong>Chronique</strong> <strong>d&#8217;une funambule aux chandelles vacillantes</strong>&#8220;.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je m&#8217;appelle Flora, j&#8217;ai 32 ans et je suis infirmière depuis 8 ans. J&#8217;ai toujours voulu travailler dans l&#8217;humain, être utile et en lien avec le monde. J&#8217;ai pratiqué dans différents services hospitaliers de chirurgie et de médecine mais aussi dans un dispensaire à l&#8217;étranger, en psychiatrie et à domicile. Je suis en soins palliatifs depuis quelques mois et je vous propose de partager mon expérience.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>5h20</strong>, le réveil sonne.&nbsp;<br><strong>6H50</strong>,&nbsp;j’arrive au travail et&nbsp;je salue le veilleur de nuit dont les cernes m’indiquent qu’il est temps pour lui de rentrer se reposer et file au vestiaire enfiler ma tenue de combat, l’éternelle blouse blanche.<br> <strong>7h</strong>, j’écoute les transmissions de l’équipe de nuit qui a dû faire face aux angoisses, douleurs et parfois décès des patients. Il faut savoir qu’ils ne sont que deux, un infirmier et un aide soignant quand il n’y a pas d’arrêt de dernière minute, et que les&nbsp;décès surviennent majoritairement en fin de garde, de 3 à 6h du matin. Quand une personne dort, le corps ralenti et les cœurs fragiles parfois s’arrêtent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Nouvelle journée, nouvelles histoires</h2>



<p class="wp-block-paragraph">J’inscris la date du jour au tableau. Nouvelle journée, nouvelles histoires pour des rires et des galères. Je remonte mes manches imaginaires, accroche mon sourire et sème ma bonne humeur pour le tour des médicaments et petits déjeuners. On ne réveille pas les patients ici. Bienvenue dans la seule spécialité où la grasse matinée est respectée. Il faut dire qu’ils sont fatigués nos résidents, et leurs familles aussi. Il arrive qu’un mari, une fille ou un(e) ami(e) restent dormir. C’est alors à pas de loup qu’on entre dans les chambres où on réinstalle le patient devant son plateau dont l’odeur du café chaud l’aide à ouvrir les yeux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">LIRE AUSSI : <a href="https://www.jaipiscineavecsimone.com/nos-vies-dabord-1-24-h-avec-marie-llorens-infirmiere-aux-urgences/">“NOS VIES D’ABORD” #1 24 H AVEC MARIE LLORENS, INFIRMIÈRE AUX URGENCES</a></p>



<h2 class="wp-block-heading">Chaque contexte de vie compte</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>9h</strong> : c’est l’heure de la réunion. On se réunit deux fois par jour ici, le matin et l’après midi. On discute de chaque patient, chaque contexte de vie ou de famille. Comment a-t-il dormi ? Les anti douleurs sont-ils efficaces ? A-t-il eu une nouvelle crise d’angoisse ? Il s’est encombré. Elle n’arrive plus à boire. Son frère remercie d’être dans cette structure. Sa sœur est agressive envers l’équipe. Sa mère pleure mais refuse de rencontrer la psychologue….</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Nous rencontrons de nombreuses questions et problématiques et il n’y a évidemment aucune réaction type, aucune solution miracle mais un ensemble de tentatives de réflexions et d’actions possibles grâce à l’échange et l’expérience. C’est toujours en équipe qu’on&nbsp;apporte des réponses. Aide soignant(e), kiné, agent de nettoyage, médecin, psychomotricien(ne), bénévoles ont tous quelque chose à dire et à apporter. Même pour les plus timides, qu’il faut de temps en temps stimuler un peu et qui nous offrent souvent des&nbsp;idées pertinentes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">On prend le temps pour souder le groupe</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un peu avant 10h</strong> : la réunion se termine, c’est le moment de partage, le petit déjeuner. Café et douceurs sont au rendez vous, on prend ce temps où nous sommes tous là pour souder le groupe, casser les codes et prendre des forces pour la matinée. <br>On se distribue les patients en binôme infirmier/aide soignant et c’est parti pour les toilettes, pansements, massages et soins de bouche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vient le tour de Mme J., 67ans. Incroyable femme d’une sérénité rare. Tout petit gabarit qui ne sort plus de son lit, ne mange plus mais boit encore un peu. Elle a eu une vie bien remplie, a beaucoup voyagé et elle est entourée de son mari et de nombreuses amies qui passent la voir tous les jours. Toute l’équipe apprécie cette patiente et c’est un plaisir de la prendre en charge. Mais on se relaie. On ne va pas la voir tous les jours. On doit garder un peu de distance sinon ce sera trop dur de la voir partir. <br>Trouver le juste milieu dans l’investissement émotionnel est un apprentissage et un ajustement quotidien. Mme J est au clair avec sa fin qui est proche. Bien sûr qu’elle a un peu peur mais pas de regret. Une seule et dernière volonté, assister aux 70 ans de son mari la semaine prochaine. Elle y tient et s’y accrochera. L’anniversaire s’est bien passé, ils ont profité de la journée, elle a même goûté le gâteau qu’elle lui avait commandé. Puis elle s’est éteinte, tout doucement, une quinzaine de jours plus tard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">LIRE AUSSI : <a href="https://www.jaipiscineavecsimone.com/nos-vies-dabord-2-24-h-avec-claudine-aide-soignante-de-nuit/">“NOS VIES D’ABORD” #2 24 H AVEC CLAUDINE, AIDE SOIGNANTE DE NUIT</a></p>



<h2 class="wp-block-heading">Menus, réunions, soins</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Midi est là</strong>, et son tour des traitements et des repas. Un(e) aide soignant(e) passera dans les chambres&nbsp;proposer des menus pour le lendemain. Les patients souvent, ne font que picorer quelques bouchées de leur plateau mais ils peuvent choisir ce qu’ils mangeront.&nbsp;La notion de plaisir est primordiale ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>14h30</strong> : deuxième réunion, on évalue, réajuste. Parfois la réunion est décalée un peu pour laisser la place au groupe de parole ou à une formation en plénière. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la réunion, une des infirmière prépare les soins intraveineux, les changements de perfusion et autres soins techniques. Pour le reste de l’équipe on refait un tour de massages, changes, descentes des patients au jardin, accompagnements à la messe ou en art thérapie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>16h30</strong> : je rencontre Mr R, 50ans, atteint d’une SLA (sclérose latérale amyotrophique), qu’on appelle aussi la maladie de Charcot et qui entraîne la paralysie progressive des muscles de la motricité volontaire. Les patients se retrouvent emprisonnés dans leur corps. Vers la fin, seul les yeux peuvent encore bouger. :</p>



<h2 class="wp-block-heading">Monsieur R est là pour un séjour de répit</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mr R est là pour un séjour de répit. Avec nous pour 1 mois, cette prise en charge permet aux équipes qui s’en occupent au long cours&nbsp;de prendre du recul, de la distance, pour les familles aussi quand les patients sont à domicile. La maladie est déjà bien avancée, Mr R ne peut bouger que sa tête. A ce stade, la majorité des patients ne parle presque plus, ou d’un discours&nbsp;inaudible mais nous sommes face à une force de&nbsp;la nature&nbsp;et de vie hors du commun. Mr R a conservé sa capacité de communication mais en plus, il s&#8217;exprime&nbsp;sans aucune difficulté. La parole est devenue sa force, un dernier rempart contre la maladie. Elle pallie&nbsp;ses membres paralysés. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Chaque instant est une victoire, chaque rencontre une chance</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mr R est toujours de bonne humeur. Toujours souriant et remerciant, même&nbsp;lorsqu’on doit utiliser une machine qui l&#8217;aide à respirer.&nbsp;Et qu&#8217;on appuie fort sur son thorax pour l&#8217;aider à expectorer des sécrétions coincées au fond de la gorge, même quand on l&#8217;assiste pour le moindre besoin quotidien. Il sourit encore et toujours. Je n&#8217;ai jamais lu la peur dans ses yeux. Il lui arrive même&nbsp;de remonter le moral des soignants ou de son neurologue qui passe sa journée de consultation à annoncer des mauvaises nouvelles. Mr R, immobilisé dans son corps et dans son lit, vit sa maladie comme une épreuve. Il me dit que se plaindre sur son sort le positionnerait&nbsp;en tant que victime, ce qui lui ferait&nbsp;perdre la tête jusqu&#8217;au désespoir. Chaque instant est une victoire, chaque rencontre une chance. Il m&#8217;a filé la chair de poule&nbsp;la&nbsp;canaille,&nbsp;et une bonne dose d&#8217;énergie pour finir ma journée de boulot.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ici, quelques heures peuvent représenter beaucoup</h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>18h :</strong> médicaments, dîner, le dernier tour. Ici, quelques heures peuvent représenter beaucoup. Certains patients sont plus réveillés, réussissent enfin à émerger, d&#8217;autres s&#8217;enfoncent doucement dans un rêve dont ils ne sortent que lorsqu&#8217;on les changent de position. Certains n&#8217;arrivent plus à avaler leurs traitements. On devra passer par les veines ou en sous cutanée pour les soulager. <br>Le service est plus calme. Quelques soignants sont rentrés, les familles repartent dîner et le soir point le bout de son nez. Dans certaines chambres, les sonnettes s&#8217;activent. Le crépuscule apparaît et, avec lui, les angoisses. Elles prennent un malin plaisir à titiller leur hôte. Il est souvent difficile d&#8217;y mettre un terme, parfois obligé d&#8217;endormir artificiellement la personne quelques heures.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>19h</strong> : fin de ma garde. Les collègues qui restent feront les transmissions aux équipes de nuit.<br>Je grimpe sur mon vélo. Je vais pédaler une demi heure et mériter ma douche. Je change d’environnement, je retrouve la fourmilière parisienne. Parfois, je ressors voir les copains mais il me faut toujours un peu de temps où je repense à ma journée, les conversations, les prises en charge, ce qu’on aurait pu faire autrement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">A quand&nbsp;une santé humaine et digne&nbsp;?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Exercer&nbsp;en palliatif m&#8217;apprend et m&#8217;apporte beaucoup mais ce que j&#8217;appréciais le plus au début, c&#8217;était la sensation de satisfaction du travail effectué. Sensation que je n&#8217;ai presque jamais pu&nbsp;obtenir&nbsp;à l&#8217;hôpital public où&nbsp;je suis restée 5 ans et où&nbsp;on était&nbsp;tous&nbsp;au maximum de nos capacités mais, par manque de moyen et de personnel,&nbsp;nous&nbsp;ne pouvions&nbsp;pas faire de bonnes prises en charge. Aujourd&#8217;hui, dans la structure où je suis, entre 9h et 17h il y a 6 soignants (3 infirmières et 3 aides soignantes) pour maximum 13 patients,&nbsp;soit 3 à 4 patients par binôme. Si tout va bien à l&#8217;hôpital public, on se retrouve avec 8 patients minimum par infirmière dans les services de chirurgie et de médecine, pouvant aller jusqu&#8217;à 15 ou 20 patients. Sans parler des maisons de retraite où c&#8217;est plus souvent 60 à 90&nbsp;patients&nbsp;par infirmière (oui, oui). Espérer&nbsp;de bonnes conditions de travail&nbsp;dans cette organisation&nbsp;relève de l&#8217;ordre du rêve&nbsp;ou de la folie.<br>A quand&nbsp;une santé humaine et digne&nbsp;?&nbsp;En attendant que les choses s&#8217;améliorent, j&#8217;enfile mon grand sourire et je repars ne pas sauver de vie&nbsp;mais en accompagner dignement la fin.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour soutenir le collectif, cliquez ici :<a href="https://www.change.org/p/soins-dignité-nos-vies-d-abord">Nos Vies d&#8217;Abord</a></p>
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		<title>&#8220;NOS VIES D&#8217;ABORD&#8221; #1 24 H AVEC MARIE LLORENS, INFIRMIÈRE AUX URGENCES</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sophie Dancourt]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Jun 2019 15:41:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actu]]></category>
		<category><![CDATA[grève]]></category>
		<category><![CDATA[infirmière]]></category>
		<category><![CDATA[Marie Llorens]]></category>
		<category><![CDATA[urgences]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La grève qui mobilise les professionnels de santé dans les services d&#8217;urgence est la partie émergée d&#8217;une crise sanitaire sans précédent. A l&#8217;appel de certains d&#8217;entre eux, une pétition est en ligne. Nous publions leur tribune, &#8220;Nos Vies d&#8217;Abord&#8221; qui appelle &#8220;à la mobilisation citoyenne massive&#8221; pour &#8220;construire une véritable démocratie sanitaire&#8221;. Pour illustrer leur [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La grève qui mobilise les professionnels de santé dans les services d&#8217;urgence est la partie émergée d&#8217;une crise sanitaire sans précédent. A l&#8217;appel de certains d&#8217;entre eux, une pétition est en ligne. Nous publions leur tribune, &#8220;Nos Vies d&#8217;Abord&#8221; qui appelle &#8220;à la mobilisation citoyenne massive&#8221; pour &#8220;construire une véritable démocratie sanitaire&#8221;. Pour illustrer leur combat quotidien, nous avons choisi de donner la parole aux infirmier.e.s, étudiant.e.s, médecins. 24 h de leur vie dans des services d&#8217;urgence sans aucune fiction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Membre du collectif &#8220;Nos Vies d&#8217;Abord&#8221;, Marie Llorens, 31 ans, est infirmière depuis 8 ans, principalement aux urgences publiques de Saint Antoine et Tenon et en soins palliatifs. Elle dit de son métier &#8220;qu&#8217;il donne une bonne raison de se lever le matin&#8221; (ou le soir dans son cas) car elle sait &#8220;qu&#8217;elle aura contribué à changer quelques chose pour au moins une personne durant sa journée de travail, même si c&#8217;est infime&#8221;. &#8220;C&#8217;est le seul métier a ma connaissance qui permette d&#8217;utiliser équitablement, les connaissance (l&#8217;intelligence universitaire, le savoir et l&#8217;apprentissage), la dextérité (travail manuel et technique) et le sens de l&#8217;empathie (intelligence émotionnelle). Un combo dont elle mixe les ingrédients jour après jour, nuit après nuit.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>17h30</strong>&nbsp;: Le réveil sonne. 1er café.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>20h</strong>&nbsp;: Départ pour l’hôpital, 3 cafés à mon actif. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>20h45</strong>&nbsp;: Dernière cigarette entre collègues avant la prise de poste. On échange sur les positionnement de chacun sur la nuit à venir. Nous évoquons le prochain week-end de repos.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>21h</strong>&nbsp;: Avant toute chose les grévistes ont rendez-vous dans le bureau du cadre pour signer les assignations à travailler. (NDLR : lors­que les non-gré­vis­tes sont en nombre insuf­fi­sant pour assu­rer la conti­nuité du ser­vice public).<br> Ce soir je travaille en &#8220;secteur&#8221;, c’est là que les consultation médicales ont lieu ainsi que les premiers soins et diagnostics. Pour éviter l’épuisement, nous tournons chaque soir sur un poste différent (Accueil, urgences vitales, zone d’hospitalisation de courte durée&#8230;)<br>Transmission avec le collègue d’après midi et premier regard sur l’écran des urgences où chaque patient apparait, représenté par une étiquette. Déjà 50 patients pour 3 infirmières et une étudiante&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>22h</strong>&nbsp;:  Une femme de 83 ans doit être hospitalisée pour soigner sa phlébite, nous lui chercherons une place dans l’hôpital 3h durant avant de réussir à la &#8220;caser&#8221; en service de maladie infectieuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>23h</strong>&nbsp;: Après 4 perf, 2 brancardages, 1 sondage urinaire et 3 radios vient le premier regard sur l’horloge. &#8220;Quoi déjà !? Oh la la, va falloir aller encore plus vite si on veut voir tous le monde sans un délai d’attente aberrant&nbsp;!&#8221; Tiens d’ailleurs, ce monsieur qui fait le pied de grue devant le bureau doit s’impatienter&nbsp;: &#8220;Ca fait déjà trois heures que j’attends, vous vous rendez compte&nbsp;?!&#8221; J’aimerais lui dire que 3 heures c’est un bon minimum et qu’il est même chanceux d’avoir déjà eu sa prise de sang. Ce soir ils seront nombreux à attendre 5 heures juste pour voir le médecin&nbsp;! </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Minuit</strong> : Je dois reperfuser un patient dans le couloir parce que sa perfusion lui fait mal. Ses deux accompagnants m&#8217;interpellent. &#8220;La chambre c&#8217;est pour quand ?&#8221; </p>



<p class="wp-block-paragraph">-&#8220;On y travaille. Par contre excusez-moi mais c&#8217;est un seul accompagnant par personne. &#8220;</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; &#8220;Oui mais ça fait 10 heures qu&#8217;on attend&#8221;-&#8220;Je comprends, et ça fait aussi 10h qu&#8217;ont vous demande de respecter les consignes&#8221;<br>Ce genre de conversation dégénère souvent. Mais là, excepté un comportement franchement agacé et des yeux levés au ciel, les amis du patient accepteront de faire un relais en salle d’attente pour ne pas engorger les couloirs déjà pleins à craquer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>1h30</strong> : 2 perf de plus, 1 bassin posé, 3 antibiotiques administré, 1 aérosol branché, et 5 brancards poussés&nbsp;: 1 ère pose. 5 minutes chrono.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>2h</strong>&nbsp;: En pleine négociation avec une personne démente qui refuse la prise de sang je reçois un appel du scan :<br> -&#8221; On prend Me Truc tout de suite pour l’angio scan !&#8221; (angio scanner)<br> -&#8220;Oui d’accord mais il faut que nous lui posions une voie pour l’injection du produit de contraste.&#8221;</p>



<p class="wp-block-paragraph">-&#8220;Dépêchez vous, on a des radios en attente !!&#8221; Pendant ce temps le monsieur dément a commencé à escalader les barrières du lit pour rentrer chez lui…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>3h&nbsp;</strong>: 64 patients dans mon secteur des urgences.<br> J’abandonne l’idée d’ &#8220;encadrer&#8221; notre étudiante et lui demande de faire seule les soins qu’elle maîtrise pour aller plus vite. Je m’en veux. Elle est là pour apprendre, pas pour être une force de travail supplémentaire. Faxer une demande de médicaments en pharmacie car nous n’avons pas l’anticoagulant de Me Machin. Comme le  pneumatique est HS (système permettant l’envoi de &#8220;capsule&#8221; d’un service a l’autre), nous devons détacher quelqu’un pour aller directement le chercher. <br> Un médecin a oublié de joindre le compte-rendu au dossier d&#8217;un patient qui est parti dans un autre hôpital&nbsp;: retrouver le dossier du patient, imprimer le compte-rendu, trouver le numéro du service en question et le faxer au plus vite. <br> De petite démarche administrative en petite démarche administrative je perds 1h.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>4h </strong>: Découverte de diabète. Pendant que je l&#8217;annonce au patient un autre malade passe à côté de nous en hurlant sur un brancard de contention. Pour l’effet d’annonce tranquille et rassurant, on repassera.<br> L’interne d’urologie arrive a toute vitesse&nbsp;: <br> -&#8220;Il faut préparer le patient pour le bloc immédiatement&#8221; <br> -&#8220;Ok, laisse moi le temps de donner ses traitements à l&#8217;infarctus et j&#8217;arrive&#8221; A cette heure-ci, les patients deviennent des pathologies et nous, des machines.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>5h</strong> : Ça devient difficile de caser les patients. Les couloirs sont tous pleins et on commence à imaginer le concept de brancards superposés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>5h30&nbsp;</strong>: Toujours pas mangé. Très envie de faire pipi et la tête qui tourne un peu. Mais les prescriptions continuent de tomber et les patients d&#8217;arriver à l&#8217;accueil. Je m&#8217;éclipse, presque honteuse d&#8217;abandonner mes collègues pour 3 minutes, le temps de soulager ma vessie. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>6h30</strong>&nbsp;: L’équipe de jour ne vas pas tarder et le service ne désemplit pas. Nous appelons l’équipe d’encadrement pour demander un infirmier supplémentaire. Pas possible nous répond le combiné. Il y a 64 patients à prendre en charge et seulement deux infirmiers ce matin.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>7h10</strong>&nbsp;: Transmissions terminées. Nous nous dirigeons vers les vestiaires et entendons quelques sanglots dans un couloir attenant. C&#8217;est l&#8217;infirmière qui s&#8217;est occupée de la salle des urgences vitales cette nuit. Elle craque après avoir reçu 18 patients et s’être sentie très seule face à plusieurs situations critiques. Les médecins trop occupés ailleurs n&#8217;ont pas pu venir et la pression accumulée sur ses petites épaules pendant 10h commence à déborder. Gros câlin collectif avant de retirer la blouse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>10h</strong>&nbsp;: Il aura fallu quelques heures de silence et de calme pour libérer les tensions de la nuit et réussir a s’endormir. La tête sur l’oreiller, comme un petit vélo qui ne s’arrête jamais, je me demande dans quelle zone des urgences je serais ce soir….</p>



<p class="wp-block-paragraph">17h30&nbsp;: premier café….</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>TRIBUNE : Nos Vies d&#8217;Abord</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Notre pays fait face à une grave crise sanitaire.</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous, professionnels de santé, de concert avec les institutions, les syndicats et les usagers, alertons depuis des années sur les dangers liés aux contraintes budgétaires imposées à tous les secteurs de la santé.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les constats sont sans appel, les drames ne font plus exception. Des dizaines des nôtres se sont suicidés. Ce sont autant de familles, de proches et de collègues brisés. Dépression, anxiété, pathologies liées au stress, addictions, les enquêtes sur notre propre santé sont alarmantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Partout sur le territoire, nous avons le sentiment de devenir des robots à la chaîne, n’ayant plus le temps de soigner nos patients humainement. Il faut que vous le sachiez, nous n’avons plus les moyens de prendre correctement soin de vous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des patients décèdent en salle d’attente des Urgences. En l’absence de prise en charge rapide, la mortalité y augmente de près de 40% pour les malades graves. Pour obtenir un rendez-vous avec un médecin de ville ou en centre médico-psychologique, pour être pris en charge aux urgences, pour être hospitalisé, les temps d’attente deviennent aberrants et dangereux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les temps de toilettes sont comptés, on bouscule nos aînés. Le temps manque pour accompagner les patients alités aux toilettes<em>.&nbsp;</em>Les plus vulnérables sont doublement punis, n&#8217;ayant d’autre choix que de &#8220;faire sur eux&#8221;. C’est insupportable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En psychiatrie, le recours à la contention et aux chambres d’isolement est devenu trop fréquent faute de soignants disponibles et de temps humain pour apaiser les situations de tension.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre métier perd son sens et son humanité, car nous sommes soumis aux injonctions contradictoires de &#8220;prendre soin&#8221; tout en étant &#8220;rentables, rapides, flexibles&#8221;. La rentabilité est devenue le maître mot partout, censée légitimer des pratiques indignes. La technique remplace l’éthique. Chaque lit, chaque service, chaque maternité, chaque hélicoptère, chaque ligne de SAMU considérés comme non rentables sont menacés.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Combien coûtent les vies humaines ? C’est la question que nous posons. En vingt ans, 100 000 lits ont été fermés alors même que la population augmente et vieillit ; la moitié des maternités du pays également.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Devons-nous accepter que l’argent ait pris le pas sur l’humain ? Les vies sauvées et le respect de la dignité ne sont pas affaires de marché et de coûts financiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est temps de s’opposer aux choix budgétaires technocratiques, de décider de notre avenir et des investissements pertinents à faire pour mieux soigner, et de construire une véritable démocratie sanitaire. Nous, professionnels de santé de tous les secteurs, avons besoin de vous et appelons ce jour à la mobilisation citoyenne massive, car la dégradation de notre système de soin nous met toutes et tous en danger, professionnels comme patients.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Collectif &#8211; Nos Vies d’Abord</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour soutenir, cliquez ici :<a href="https://www.change.org/p/soins-dignité-nos-vies-d-abord">Nos Vies d&#8217;Abord</a></p>
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