PANDÉMIE : L’ÉCONOMISTE GAËL GIRAUD PLAIDE POUR QUE LA SANTÉ DEVIENNE UN BIEN COMMUN

Gaël Giraud ©Wikipédia
Gaël Giraud ©Wikipédia

Au cours d’une conversation Ted X organisé en ligne le 9 avril, l’économiste Gaêl Giraud a donné des piste pour sortir de cette crise inédite. Reconstruire un service public puissant, activer la transition écologiques et sacraliser la santé comme un bien commun.

Le bien commun est un concept de plus en plus renvendiqué par les mouvements citoyens pour s’opposer à la logique purement mercantile du marché. Il s’agit d’une notion ‘qui passe en grande partie par la construction d’institutions visant à concilier autant que faire se peut l’intérêt individuel et l’intérêt général » comme le rappelle The Conversation. Pour l’économiste, la crise sanitaire du Covid-19 a mis en lumière l’absence de prise en compte de la santé sous ce prisme. « En France on est victime d’un énorme bug administratif lié à un esprit de comptable qui depuis une trentaine d’années est persuadé que moins il y a de dépenses publiques mieux on se porte ».

« Il ne peut y avoir d’économie capitaliste sans service public puissant »

A l’aune de ce bien commun, le directeur de recherche au CNRS plaide pour un nouvel équilibre. « Il ne peut y avoir une économie capitaliste sans service public puissant(..). Car la privatisation de la santé signifie que les plus modestes n’ont pas accès aux soins, ils contractent le virus et tout le monde est à nouveau contaminé. Et cela doit se faire partout de le monde, c’est à cette seule condition que la variole a disparu« . Cette stratégie mondiale de vaccination accompagnée de programme de surveillance active et d’endiguement avait éradiqué la pandémie. Aucune population ne devrait alors être écartée de l’accès aux soins, réfugiés, sans abri.« Ce qui implique de réapprendre une coopération internationale beaucoup plus efficace et qui n’a rien à voir avec la concurrence tous contre tous » résume Gaël Giraud.

L’exemple d’un bien commun : le conglomérat DNDI

Le spécialiste en économie mathématique souligne que la pandémie a par ailleurs mis en évidence la fragilité des chaines d’approvisionnement internationales. « Le grand défi politique, philosophique et intellectuel est d’apprendre à relocaliser une partie de notre production, à réindustrialiser l’économie française. Et à coopérer avec l’ensemble de la planète pour pouvoir se préparer aux prochaines pandémies ». Dans cet optique, la solution serait de puiser dans le concept de bien commun illustré par l’exemple de l’agence Drugs for Neglected Diseases initiative (DNDI). Une agence de R&D (Recherche et Développement) qui développe de nouveaux traitements pour les maladies négligées, comme l’hépatite C qui affecte 75% des patients vivant dans des pays à faible et moyen revenu.

« En France on est victime d’un esprit comptable »

L’initiative développée il y a quinze ans est fondée sur « un conglomérat où il y a à la fois l’industrie pharmaceutique privée, des Etats, des ONG qui apprennent à travailler ensemble et à produire ce qu’ils ne peuvent pas faire tout seul. C’est cela qu’il faut arriver à faire au niveau international » plaide l’économiste. Un bien commun qui déjoue l’appropriation du care par les pays les plus riches. Et surtout évite de conduire les politiques de santé sous l’unique prisme de la rentabilité.  » En 2007 a la suite de la crise du H1N1 on a créé l’EPRUS l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires) taillé sur mesure pour avoir des réponses adaptées (…) à ce type de crise. Mais le budget a été divisé par dix parce qu’on a pensé que faire des stocks de masques c’est de la dépense publique dormante ne servant à rien« . [NDLR l’établissement a été dissous en 2016].

L’homme de Vitruve de Léonard de Vinci

Ce nouveau paradigme fait écho à la nécessaire transition écologique. « Mobilité verte, voiture électrique, transports publics àl’hydrogène, constitution d’éco villages, recyclage, permaculture et monnaies locales sont de vraies opportunités  pour transformer l’économie vers la transition écologique » développe l’économiste qui sur un plan plus philosophique invite à remettre en question le modèle de l’homme blanc prédominant illustré par Léonard de Vinci. « L »homme de Vitruve ». « Un mâle blanc tout seul armé de la géométrie sans aucun lien avec la nature ni avec le genre féminin au passage… Il faut remettre en cause ce sujet occidental dans une solitude métaphysique totale qui ne devrait rien à personne et qui n’est pas en dépendance radicale très profonde avec les autres humains et avec son environnement ». 

Gaël Giraud est économiste, ex chef économiste à l’Agence Française de Développement (AFD), directeur de recherches au CNRS. Il est également prêtre jésuite.

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